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Vu par Zibeline

Le 12 mai, la soupe aux livres s’offre une escapade marseillaise à la Brasserie des Templiers

Soupe aux livres

• 12 mai 2016 •
Le 12 mai, la soupe aux livres s’offre une escapade marseillaise à la Brasserie des Templiers - Zibeline

Quittant les sommets des Alpes de Haute Provence, la soupe aux livres s’offre une escapade marseillaise à la Brasserie des Templiers. Le goût des lectures, de leur partage, se mêle à celui des papilles, dans une convivialité revigorante. Le livre descend des étagères, passe de mains en mains, de lecteur en lecteur, devient sujet de discussion, de découvertes communes, emporte chacun dans l’orbe de ses phrases… la culture est ici l’affaire de tous, vivifiante. En point de départ, le dynamisme des éditions Parole. Et de l’énergie, il en faut, lorsque l’on est un éditeur indépendant ! Jean Darot, directeur des éditions Parole, défend avec passion la « bibliodiversité »,  ouvre les pages des différentes collections à des auteurs qui sont autant de voix. Car si dénominateur commun il y a entre les différents ouvrages, c’est la faculté de retrouver dans l’écriture particulière de chacun une voix propre, originale. La musicalité prime, et elle transparaît même au cœur du silence de la lecture.

Les ouvrages sont répartis en diverses collections qui recouvrent autant de formats, toujours dans un papier épais, au grain qui apporte son évidente simplicité à une graphie claire et une disposition aérée.

On pourra rencontrer plusieurs auteurs lors de cette exceptionnelle soupe.

Jean-Pierre Vaissaire en tête, avec Chaconne d’après Jean-Sébastien Bach, délicate fantaisie, onirique et sensuelle composée à l’instar de la pièce de celui auquel l’auteur écrit en exergue, « Mon cher Jean-Sébastien » (l’amour d’une œuvre suscite une familiarité privilégiée) et justifie l’éclosion du personnage central, une flamboyante danseuse, nommée Chaconne, « La nature vraie de Chaconne est d’apparaître à tous ceux qu’une fêlure ouvre au monde sensible du vivant. Je puis vous assurer que je l’ai vue, de mes yeux d’âme et de chair, danser là, devant moi et faire tourner le monde, encore tout récemment ». Comme un long poème d’un romantisme échevelé le roman suit Chaconne plutôt qu’il ne la montre, rythmé par des fragments de la partition originale, notant dolce, meno forte, ostinato, elle qui entraîne dans ses pas ceux qui l’ont aimée. Sa danse, sa beauté… et des éclats de poèmes qui éclairent l’ensemble.

À découvrir aussi dans la collection main de femme, un premier texte de Mireille Barbieri, C’était en février, avec son écriture sensible, qui arpente aux côtés d’Antoine, jeune homme qui n’en a pas fini avec son histoire familiale, la campagne des années 1970. Il y a l’aubergiste, Angèle, qui l’accueille, le café, l’église, mais surtout Adélaïde, la vieille baronne et ses secrets. Chacune essaie de le retenir invoquant la nécessité de tels ou tels travaux. Un temps de pause et de découverte de soi, au rythme des saisons, de la marche, dans un lyrisme contenu et tendre.

La même collection offre L’île / Les sept nuits d’Ève et Lilith de Luisa Myrial. Rim, qui se qualifie elle-même dans ce roman à la première personne, « Rim la souillon, une vieille femme maintenant, une vieille folle… » se raconte et met en scène le geste de l’écriture. Iconoclaste elle revendique les sept nuits de la création et non les sept jours, dans un récit où elle évoque les êtres qu’elle a aimés (tous des Adam), avec une sensualité parfois crue, insoumise, libre profondément. Elle oppose la première femme, Lilith, créée d’argile, égale à Adam, refusant la réification, à Ève, plus docile, que Lilith va entraîner dans une conquête de l’exercice de la liberté. Cette liberté emporte les femmes de l’île, ce lieu clos, métaphore du monde, elles deviennent ménades, sirènes, personnages de raison et de folie, dans une trame d’une intense poésie.

Enfin, dans la collection la mescla, Éric Schulthess propose pour les 13 nouvelles noires de son recueil, Marseille rouge sangs, des musiques à écouter, « Prélude de la 4e suite pour violoncelle seul en ré majeur » de Jean-Sébastien Bach, « Ô Sole Mio », « Bàjjan », « Aux enfants de la chance »… on a de « la jalousie aiguisé comme un Laguiole », « le jour (qui) s’échappe en douce », un art consommé de la chute, dans ces histoires lapidaires qui échappent aux poncifs ou savent en jouer, et accordent aux personnages une surprenante épaisseur.

MARYVONNE COLOMBANI
Mai 2016

Soupe aux livres
le 12 mai à partir de 19 heures
Brasserie des Templiers (27 Rue Reine Élisabeth 13001 Marseille)
06 26 44 65 94

Participation au repas 20 €

www.editions-parole.net

Illustration -c- Soupe aux livres éditions Parole DR

Chaconne d’après Jean-Sébastien Bach, Jean-Pierre Vaissaire, éditions Parole, collection la mescla (14 €)

C’était en février, Mireille Barbieri, éditions Parole, collection main de femme (13 €)

L’île Les sept nuits d’Ève à Lilith, Luisa Myrial, éditions Parole, collection main de femme (13 €)

Marseille rouge sangs, Eric Schulthess, éditions Parole, collection la mescla (12 €)