Vu par Zibeline

Retour sur " La Mort Marraine " par Raoul Lay au théâtre Gyptis

Souffle et timbres

Retour sur

Les Contes de fées ne parlent pas que de princes et de princesses. Raoul Lay écrit un texte où l’on retrouve le destin de ce treizième enfant que le père ne peut élever. Qui pourra le faire : Dieu, le Diable, la Mort ? Sa relecture garde l’essence des Frères Grimm, étrange, ironique, et sa musique laisse le texte respirer, le sublime même. Un solo de clarinette, thème lent, lugubre (envoûtante Linda Amrani), se déploie comme une ouverture. Agnès Audiffren n’avait pas prévu les défaillances techniques d’un micro qui n’a cessé de sauter, laissant tomber la comédienne, qui joua sans filet avec sa belle voix aux mille palettes, remarquable dans sa façon de rebondir face à l’incident, dessinant chaque personnage d’un timbre différent. Quand apparaît le Tout-Puissant, la comédienne, hautaine, se pare d’une tunique rouge, accordéon et trompette entonnent un chant terrifiant, grandiose, ponctué par les timbales. Puis la voix se fait rauque et le diable est là, sournois ; puis la mort, blanche, pareille aux statues, diaphane : le duo clarinette, trompette en sourdine, magique sur des pizzicati de contrebasse, enlace de longs appuis du violon. Le thème est lancinant, hypnotique, la musique soutient le texte, le suit, le laisse, le reprend, comme un leitmotiv, avec une étonnante Solange Baron à l’accordéon ! Quand la mort jalouse les pouvoirs du filleul, sauvant Roi et Princesse, le Glockenspiel illumine la passion naissante de cette dernière. Puis trompette et timbale martèlent un rythme de marche inquiétant. Qui oserait défier la mort, deux fois, en plus ? La mort entraîne alors ce filleul intrépide vers une grotte aux mille chandelles ; ce que tu vois, c’est le monde tel qu’il est ; chaque bougie est une vie. Marraine, montre-moi la mienne ! Ce n’était qu’un petit bout de bougie qui menaçait de s’éteindre…. L’ultime solo de violon (Yann Leroux) planant dans la nuit triste, rappelle l’extatique poésie de la IVe Pièce pour Orchestre opus 10 de Webern : wie ein Hauch, ppp, (comme un souffle), le dernier, inéluctable de la mort. Mais ces notes de la Mort marraine ne seraient-elles pas le souffle de l’espoir, de la lutte possible contre l’injustice, de l’élégance discrète contre l’illusion de puissance ? Chaque instrument était un personnage, et on part avec la lumière de l’amour, qui a peut-être triomphé de la mort.

YVES BERGÉ

Mai 2013

La Mort Marraine a été joué le 16 mai au Théâtre Gyptis, Marseille

Crédit photo : Yves Bergé

 

 


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