3 cœurs, projeté au Mazarin à Aix-en-Provence en avant-première : un film très maîtrisé signé Benoît Jacquot

Souffle aux cœurs

• 4 septembre 2014 •
3 cœurs, projeté au Mazarin à Aix-en-Provence en avant-première : un film très maîtrisé signé Benoît Jacquot - Zibeline

C’est l’histoire d’une correspondance ratée et d’un rendez-vous manqué, d’une rencontre sans les lendemains qu’on en attendait, d’une passion ravageuse, d’un destin qui ironise, de trois cœurs, voire cinq, qui se brisent. Le dernier film de Benoît Jacquot, 3 cœurs, sélectionné à la Mostra de Venise cette année et projeté en avant-première à Aix-en-Provence, le 4 septembre, est un mélodrame «racinien», un thriller sentimental dont on sort un peu oppressés, avec dans l’oreille, persistants, les grands coups d’archets de la musique originale composée par Bruno Coulais. Le réalisateur qui octroie d’ordinaire aux femmes le rôle principal, a choisi cette fois un homme comme personnage central. Marc, interprété par Benoît Poelvoorde est inspecteur des impôts à Paris. Bloqué un soir dans une ville de province, il y rencontre Sylvie (Charlotte Gainsbourg). Tous deux «flottent» un peu, dans un entre-deux. Elle, qui n’arrive pas à faire le choix de suivre son compagnon à Minneapolis quittant ainsi sa mère (Catherine Deneuve) et sa sœur Sophie (Chiara Mastroianni) avec lesquelles elle fusionne. Lui, qui n’a pas d’attache, pas de certitude. Ils n’échangeront ni leurs noms ni leurs coordonnées. Dans l’«extraordinaire» de la rencontre amoureuse, ils ne se diront rien de leur vie ordinaire et erreront dans les rues désertes jusqu’au petit matin et au train qui les séparera. Marc victime d’un infarctus n’ira pas au rendez-vous prévu. Sylvie partira aux États-Unis. Par un mauvais coup du sort, Marc rencontrera Sophie qu’il aimera, épousera, sans savoir qu’elle est la soeur de Sylvie, écartelé quand il l’apprendra, entre le sentiment amoureux et le sentiment passionnel. Le réalisateur dit avoir pensé en tournant ce film à la formule de Truffaut à propos d’Hitchcock : «Filmer les crimes comme des scènes d’amour et les scènes d’amour comme des crimes.» On retrouve dans 3 cœurs l’influence de ces deux réalisateurs. La montée en tension de La femme d’à côté pour le premier, le rôle des objets et de l’ironie du sort pour le second. Benoît Jacquot signe ici un film très maîtrisé, devenant à trois reprises, en voix off, un narrateur omniscient qui retrouve d’instinct la distance et la diction de Marguerite Duras avec qui il a travaillé. On entend en écho les mots de l’écrivaine : «La passion reste en suspens dans le monde, prête à traverser les gens qui veulent bien se laisser traverser par elle» et… elle est fatale.3-cœurs-de-Benoît-Jacquot

ELISE PADOVANI
Septembre 2014

3 cœurs de Benoît Jacquot a été projeté le 4 septembre en avant-première au Mazarin à Aix-en-Provence
Le film sortira en salles le 17 septembre.

Photos : Benoit Jacquot devant l’affiche du film 3 cœurs © Elise Padovani
Et photo du film 3 cœurs de Benoît Jacquot