Mountain de Yaelle Kayam: un premier film tout en justesse et retenue

Sortir de ses chaînesVu par Zibeline

Mountain de Yaelle Kayam: un premier film tout en justesse et retenue - Zibeline

Une femme, la tête couverte d’un foulard, lit dans la blancheur ouatée d’un cimetière. À quelques mètres, un couple se dispute, en désaccord sur l’emplacement d’une tombe dans cette immense étendue de sépultures sur le Mont des Oliviers à Jérusalem. Elle, c’est Tzvia (Shani Klein), l’épouse de Reuven (Avshalom Pollak), juif ultra-orthodoxe, tout occupé à son enseignement de la Torah ou à autre chose, qui ne la désire plus et la délaisse. Une vie rythmée pour Tzvia par la préparation des repas pour ses quatre enfants et son mari, qu’elle aime encore, et les prières ; une vie triste et sans plaisir dans cette maison, pareille à une grotte, qui jouxte le cimetière. Seul échappatoire à cet enfermement, à cette routine et à sa tristesse, ses errances dans le cimetière où elle lit des textes sur la tombe d’une poétesse qu’elle aime, et où elle se lie avec le fossoyeur palestinien, Abed (Haitham Ibrahem Omari). Jusqu’au moment où, une nuit, n’ayant pas réussi à faire renaître le désir chez Reuven, elle s’enfuit dans le cimetière et en découvre la vie nocturne : les étreintes furtives de prostituées et d’hommes saouls. Profondément troublée, elle va s’approcher de ces gens si étrangers à ce qu’elle est, leur apporter ce qu’elle sait faire, des repas. La première confrontation avec une des prostituées, qui lui renvoie son enfermement vestimentaire, sa frustration sexuelle, son corps si peu désirable -« Qui aurait envie de te toucher, toi ? » est bouleversante.

Dans Mountain, son premier long métrage, Yaelle Kayam a voulu « étudier la souffrance physique et morale d’une femme qui est une épouse et une mère. Une femme qui n’est plus désirée par son mari mais qui éprouve encore du désir pour lui, dans un lieu extrêmement chargé de sens puisqu’il se situe au carrefour des trois religions monothéistes du monde. » Et c’est réussi ! Une mise en scène sobre, tantôt dans un décor minéral chargé d’histoire, tantôt dans une maison qui semble emprisonner les personnages ; une interprétation juste et tout en retenue de l’actrice Shani Klein, superbe dans le rôle de cette femme désespérée qui cherche à se libérer de ses chaînes dans lesquelles la religion et la tradition l’ont enfermée. La fin ouverte laisse la liberté au spectateur d’interpréter son choix final et de réfléchir au mal que peut faire l’intégrisme religieux.

Annie Gava
Juillet 2017

Mountain de Yaelle Kayam fait partie des huit films de la 18e édition de Regards sur le cinéma israélien qui s’est tenu du 14 au 20 juin à Marseille.

Photographie : Mountain © Films Distribution