Protest songs de Jeanne Added, L, Sandra Nkaké et Camélia Jordana, unique concert de l'été au Théâtre antique d'Arles

Sororité engagéeVu par Zibeline

Protest songs de Jeanne Added, L, Sandra Nkaké et Camélia Jordana, unique concert de l'été au Théâtre antique d'Arles - Zibeline

Cela restera l’unique concert de l’été au Théâtre antique d’Arles. Unique pour elles aussi. Jeanne Added, L, Sandra Nkaké et Camélia Jordana n’auront pas d’autre occasion, jusqu’à nouvel ordre, de présenter leurs Protest Songs, projet rodé en 2018 à la Maison de la poésie, à Paris. Une soirée rendue possible grâce à la coopération inédite des deux festivals qui se succèdent habituellement en juillet dans ce lieu, les Suds et les Escales du Cargo, avec Horizon Productions. Durant près d’une heure et quart, devant un public limité à 600 personnes pour raison sanitaire, les quatre musiciennes interprètent a capella une suite de chansons engagées, reprises ou compositions personnelles, entrecoupée de textes revendicatifs, liés à des combats emblématiques qui ont marqué et marquent encore nos sociétés « modernes ». Pour limiter les effets de la distanciation physique sur la dimension conviviale de l’événement, les chanteuses livrent leur récital polyphonique à même la fosse du monument romain, créant un esprit de communion inespéré.

C’est par le culte Isaac and Abraham de Joan Baez que le quatuor vocal entame la soirée, morceau inspiré par un célèbre épisode biblique de la Genèse dans lequel Dieu demande à l’aïeul des religions monothéistes de sacrifier son fils préféré. Une ouverture en trompe-l’œil pour mieux affirmer le refus des sacrifices, des soumissions, des résignations. Car de résistance aux oppressions il est beaucoup question. Les mots que ces femmes et artistes ont choisi de prononcer percutent avec la même force, qu’ils soient issus de la chanson, du théâtre, de la poésie ou du politique. « Je suis celle qui refuse de comprendre », extrait de Stabat Mater Furiosa de l’auteur Jean-Pierre Siméon fait écho à « C’est en tant que prolotte de la féminité que je parle » pioché dans King Kong Théorie de Virginie Despentes. Les États-Unis sont particulièrement présents, à travers les mouvements qui ont régulièrement contesté leur histoire ségrégationniste. Du discours du chef amérindien Seattle en 1854 au programme en dix points des Black Panthers de 1966, en passant par l’incontournable I have a dream, trois ans plus tôt. De la lutte pour les droits civiques à la pensée anticolonialiste, le pont est aisément franchi par l’évocation de deux grandes plumes de la négritude, Aimé Césaire (Partir) et LéonGontran Damas (BlackLabel). Le propos est tranchant, actuel, reflétant les nombreuses remises en question sociétales soulevées par des faits récents.

Côté musique, la tonalité porte la même combativité. Le chœur complice s’affirme anti-guerre avec le traditionnel italien O Gorizia, tu si maledetta, optimiste avec We shall overcome. Hommage est rendu à une des leurs, disparue à 37 ans mais dont la courte carrière a laissé une marque indélébile dans les musiques du monde : Lhasa de Sela. Les filles n’oublient pas d’intégrer leur propre répertoire au catalogue de la chanson contestataire : Ma gueule pour Camélia Jordana, Orlando pour L, Nuit pour Sandra Nkaké ou encore War is coming pour Jeanne Added dont la basse apporte la seule note instrumentale à cette soirée toute de rage contenue et d’espoir.

LUDOVIC TOMAS
Juillet 2020

Photo : Protest Songs © Florent Gardin

Concert donné le 8 juillet au Théâtre antique, Arles.

À venir dans le cadre de la 25e édition des Suds « réinventée » :
16 juillet : Nicolas Puig, Souko, Birds on a wire (Rosemary Standley & Dom la Nena), Puta!Puta !
17 juillet : Les Dînamots, Tri Colibri, Sirventès (Manu Théron, Grégory Dargent, Etienne Gruel), Le Mood du Mahmood
18 juillet : Circumambulation Klezmer Experience, Meryem Koufi, Ballaké Sissoko & Vincent Segal, Big Buddha

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