« Princesa », récit percutant traduit de l'italien, aux Éditions Héliotropismes

Sono venuta di molto lontanoLu par Zibeline

« Princesa », récit percutant traduit de l'italien, aux Éditions Héliotropismes - Zibeline

Je suis venue de très loin , c’était le titre initial. Effectivement Princesa vient de loin. Publié en 1994 en Italie, ce récit autobiographique -âpre, percutant- d’une transformation et aussi de fuites, d’exils successifs, vient tout juste d’être traduit en français grâce à un long travail collaboratif. Pas moins de cinq traductrices pour donner enfin à Fernanda Farias de Albuquerque (1963-2000) sa voix française. Une voix importante à plusieurs titres. Pour l’histoire qu’elle raconte d’abord. Celle d’un jeune garçon du Nordeste brésilien, Fernando, Fernandinho, traité dès le plus jeune âge de « veado », littéralement « cerf », en argot « homosexuel ». À sept ans, il se fabrique des seins avec deux demi-noix de coco ; à huit, il vit sa première pénétration ; très vite, il se travestit. Ainsi s’affirme peu à peu, malgré les violences, malgré les insultes, Fernanda. Émerge aussi l’urgence de quitter la campagne nordestine. Fernanda, devenue Princesa, écume les grandes villes du Brésil, Recife, Salvador de Bahia, puis São Paulo, Rio. Elle se vend la nuit ; le jour elle travaille à sa métamorphose : hormones, injections de silicone… tout pour se rapprocher de son idéal féminin, l’actrice Sonia Braga. Et toujours elle fuit quand le risque devient trop grand de se faire tuer dans la rue. C’est ainsi qu’elle arrive en Europe, en Espagne puis en Italie, où elle sera emprisonnée à Rebibbia au début des années 1990.

Là réside le deuxième grand intérêt de Princesa. C’est dans cette prison que naît le récit de sa lutte pour repousser toutes les frontières. Par l’intermédiaire de Giovani Tamponi et grâce à Maurizio Iannelli, incarcéré, lui, pour raisons politiques, les carnets de Fernanda, écrits en majuscules, dans une langue italo-portugaise, sont traduits, retravaillés. L’histoire de Princesa est donc aussi l’histoire d’une création littéraire collective, d’une fertile collaboration de gens de la marge. La présente édition s’enrichit de nombreux documents annexes, dont un long entretien réalisé en prison, de photos de Fernanda, mais également d’extraits de son journal, qui permettent de mesurer le travail littéraire d’Iannelli à partir de ce matériau brut, et de lui rendre hommage pour sa fidélité à l’esprit et au ton de Fernanda.

FRED ROBERT
Décembre 2021

Princesa
Fernanda Farias de Albuquerque et Maurizio Iannelli
Traduit de l’italien par Anna Proto Pisani, Armelle Girinon, Virginie Culoma-Sauva, Judith Obert et Simona Elena Bonelli
Éditions Héliotropismes, 20 €