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Retour sur le FID 2014, avec palmarès

Son nom de FID dans Marseille multiple

• 2 juillet 2014⇒7 juillet 2014 •
Retour sur le FID 2014, avec palmarès - Zibeline

Il y aurait 134 films à partager en six jours… Il y aurait des lieux, une ville à parcourir du MuCEM aux Variétés en passant par la Villa Méditerranée, l’Alcazar, la Maison de la Région. Deux voix s’y seraient croisées.

Mercredi 2 juillet

Elle dit : il y aurait Axel Bogousslavsky, l’Ernesto du film Les Enfants (1985) de Marguerite Duras et Jean Mascolo, un acteur, poète, musicien, dessinateur, âgé de 76 ans, qui vit dans une maison perdue au cœur d’une forêt profonde, loin des contraintes du monde. Alexandre Barry, assistant de Claude Régy dans Tout seul avec mon cheval dans la neige, donne à voir cet homme singulier dans sa vie recluse ; il dessine, joue de la flûte, taille du bois, regarde la photo de l’enfant qu’il a été et en est ému, brûle une feuille où il avait écrit SOLITUDE, allume les bougies quand la nuit vient. Sa voix, off, nous guide dans ses souvenirs, ses rêves, son imaginaire. Il demande qu’on laisse les hommes vivre leur vie dans le secret. Alexandre Barry nous a permis de nous approcher de lui, un peu, juste ce qu’il faut. C’est ça.

Elle dit : il y aurait un pays que tous croient inventé par Hergé ou Jarry, une rencontre entre Éric Baudelaire et Maxime, un futur-ex ministre des Affaires étrangères d’Abkhazie. 74 lettres comme autant de bouteilles à la mer et les réponses enregistrées de Max. Letters to Max, ce serait comme le souvenir d’un avenir.

Jeudi 3 juillet

Elle dit : j’ai passé 4 heures dans un hôpital de la Province du Yunnan : ‘Til Madness Do Us Part  de Wang Bing. (À lire ici)

Elle dit : il y aurait, comme souvent au FID, un OVNI : Stella Cadente, premier long métrage du producteur catalan Luís Miñarro, présenté avec CineHorizontes. Il parlerait d’une Étoile filante, Amadeo de Saboya, duc d’Aoste, prince italien élu roi d’Espagne en 1870 par un parlement né de la révolution de 1868. Roi européen aux ambitions réformistes, étranger dans son royaume, vite isolé, rejeté, renvoyé. Un film en costumes (et quels !) qui reprend des événements historiques mis en scène comme une mascarade, une comédie musicale, sentimentale, un drame politique, métaphysique dans un château quelque part en Espagne, ou peut-être bien nulle part, tant il est décor plus mental que réel. Luís Miñarro jouant des références, invitant dans son jeu le spectateur qui reconnaît, au détour, un Caravage, un Goya, un Courbet, un Manet, un Nolde, s’émerveille des tissus, des corps nus, se voit projeté dans d’autres années 70, à un siècle de là, celles de Salut les copains, sature parfois d’une sur-symbolisation mais demeure charmé. Les salles madrilènes ont refusé de programmer cette étoile jugée trop provocatrice. Pourtant, au-delà du parallèle avec la crise espagnole actuelle, de la métaphore de l’enfermement, ce film travaille bien joliment sur la mémoire et les mythes. Voilà.

Vendredi 4 juillet

Elle dit : J’ai suivi John Calder, l’éditeur anglais de Beckett dans I, of whom I know nothing, de Pablo Sigg, un réalisateur mexicain qui aime la lenteur, les cadrages serrés, les plans fixes, le flou, l’image sans le son, le son sans l’image. Le vieil homme traîne les pieds dans son appartement de Montreuil encombré de livres et de cartons, ou revenu à Londres, interroge Billie Whitelaw, une des actrices fétiche de Beckett dans une maison de retraite qui lui répond par monosyllabes, si lasse, déjà ailleurs. Il parle du grand écrivain irlandais, de la souffrance dont il a toujours été proche. Tous deux sont devenus des personnages beckettiens. Il y a des photos, des anecdotes, une voix enregistrée sur une cassette que personne ne reconnaît. Il y a un dialogue signé Sam, du dérisoire, de la drôlerie, de l’absurde. Un vinyle qui tourne à vide. Puis le Winterreise de Schubert. Les fantômes inventent d’autres fantômes.

Elle dit : Dominique Auvray était là pour présenter son Duras et le cinéma et d’autres amoureux de Marguerite pour parler du sujet. (À lire ici )

Samedi 5 juillet

Elle dit : j’ai rencontré le cinéaste chilien Patrizio Guzman par le film de Boris Nicot, Filmer obstinément, qui en fait le portrait, revisite l’histoire du Chili de 1972 à nos jours. (À lire ici )

Elle dit : Il y aurait deux jeunes femmes, une Moldave et une Française, qui se rencontrent à Bagnolet dans ces deux tours, les Mercuriales, où elles sont hôtesses et qui rêvent d’ailleurs et d’autre chose. «Cette histoire se passe en des temps reculés, des temps de violence. Partout à travers l’Europe une sorte de guerre se propageait…» Tourné en 16 mm, le film de Virgil Vernier, Mercuriales, entre documentaire et fiction, entraîne dans des lieux que son regard transforme, y insérant une dimension mythologique. Mystère, merveilleux, onirique et quotidien s’y côtoient, soutenus par la musique de James Ferraro. Un film qui surprend. Oui.

Dimanche 6 juillet

Elle dit : il y aurait Le souffleur de l’affaire, un film-ventriloque au montage virtuose d’Isabelle Prim, jouant, rejouant, déjouant un mystère de Paris, au temps des anarchistes, de Méliès, d’Edmond Rostand et de Sarah Bernhardt.

Elle dit : je me suis un peu égarée dans les strates du temps et les voix dans El viaje de Ana, qui nous emmène sur les traces d’Andréa Alfonse, femme du poète Francisco Contreras dont le poème Luna de la Patria est le fil conducteur du film. Et c’est à une jeune photographe, Ana, incarnée par Astrid Adverbe, que Pamela Varela fait effectuer, en 2012, le voyage de Dordogne jusqu’à Quirihue, un village perdu du Chili où s’est retirée Andrea à la mort de son mari en 1933. Entre documentaire et fiction. Un voyage nostalgique.

Lundi 7 juillet

Elles disent : nous sommes devant un texte à faire et nous devons abandonner mille et une images, images qui transportent, qui dérangent, interrogent, images qui poursuivent, hantent ou éclairent dans le noir. Oui c’est ça. Un sentiment d’abandon et de persistance.

Le FID 2014 s’achèverait sans finir…

ANNIE GAVA et ELISE PADOVANI
Juillet 2014

Lire le récit de la clôture houleuse du Festival ici.

Palmarès :

Compétition internationale 

Jury présidé par Wang Bing et composé de Shaina Anand, Dora Garcia, Andrea Lissoni et Manuel Mozos

Grand Prix

Our terrible country de Mohammed Ali Atassi et  Ziad Homsi-Syrie/Liban

Mentions spéciales : J’ai oublié d’Eduardo Williams-France

I of whom I know nothing de Pablo Sigg-Mexique

Prix Georges de Beauregard

Ming of Harlem-Twenty storeys in the air de Phillip Warnell-Belgique/Etats-Unis

Mentions spéciales : Mitch, the Diary of the Schizophrenic Patient de Damir Cucic et Misel Skoricz-Croatie

I comme Iran de Sanaz Azari-Belgique

Compétition française

Jury présidé par Valérie Massadian et composé d’ Elise Florenty, Hubert Colas, François Cusset et Yves Robert

Grand Prix

Ce qu’il reste de la folie de Joris Lachaise

Prix Georges de Beauregard

Trois contes de Borges de Maxime Martinot

Mentions spéciales

Le Souffleur de l’affaire d’Isabelle Prim

Tourisme international de Marie Voignier

Prix Premier, attribué par le Jury de la Compétition Française à un premier film présent dans la Compétition Internationale, la Compétition Française et les Écrans Parallèles

YximallooTadhg d’ O’Sullivan et Feargal Ward-Irlande

Mention spéciale : Haunted de Liwaa Yazji – Allemagne

Prix des Rencontres Cinéma de Cerbère-Portbou

Brûle la mer de Nathalie Nambot et Maki Berchache

Prix Institut français de la critique en ligne

Trois contes de Borges de Maxime Martinot

Mention spéciale : Brûle la mer de Nathalie Nambot et Maki Berchache

Prix du GNCR

Before we go de Jorge León-Belgique

Mention spéciale : Tourisme international de Marie Voignier

Prix Marseille-Espérance

Tourisme international de Marie Voignier

Mention spéciale : Our terrible country de Mohammed Ali Atassi et Ziad Homsi

Prix Renaud Victor

Le jury est composé de détenus volontaires du Centre Pénitentiaire des Baumettes qui ont assisté à l’ensemble des séances proposées à l’intérieur du centre pénitentiaire.

Before we go de Jorge León

Ce qu’il reste de la folie de Joris Lachaise

Photos : Stella Cadente de Luís Miñarro Crédit : Eddie Saeta et Mercuriales de Virgil Vernier -c- Shellac

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