Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

La cage et Des hommes en noir, deux romans à déguster chez Métailié

Sombres voyages

La cage et Des hommes en noir, deux romans à déguster chez Métailié - Zibeline

Depuis 40 ans déjà, l’excellente maison d’édition Métailié embarque ses lecteurs aux quatre coins du monde, leur faisant découvrir les voix nouvelles de la littérature en général, et de la noire en particulier. En témoignent deux polars tout récemment parus. Deux récits au rythme soutenu, à l’intrigue habilement ficelée. Deux voyages en terres lointaines. Avec, au premier plan, des femmes coriaces.

Cap sur l’Islande d’abord, avec le dernier volet de Reykjavik noir, la trilogie fiévreuse imaginée par Lilja Sigurdardottir. Après Piégée puis Le filet, voici La cage. Les titres déjà donnent une idée de l’ambiance… Les deux premiers ouvrages étaient centrés sur le personnage de Sonja : d’abord contrainte de devenir une « mule » pour pouvoir continuer à voir son jeune fils, celle-ci se retrouvait finalement à la tête d’un gigantesque réseau de trafiquants, mais toujours sur la sellette ! Le dernier, lui, donne le rôle principal à Agla, l’ex-compagne de Sonja. L’intrigue débute en prison ; Agla est désespérée, au bord du suicide. Mais comme Sonja, elle n’est pas femme à se laisser aller ; même quand la situation semble inextricable. Pour cette spécialiste de l’évasion fiscale, il y a toujours des magouilles à dévoiler. Et même d’une cellule de prison, il est possible d’agir. Surtout lorsqu’on n’a plus rien à perdre. Dans ce dernier opus, on retrouve avec plaisir un personnage déterminé et plein de ressources ; et aussi le style de « la nouvelle reine du polar nordique » : un tempo ultra rapide, des intrigues parallèles menées tambour battant en une succession de brefs chapitres. Bref, un montage très cinématographique.

Serà larga la noche

Cinématographique, le premier chapitre Des hommes en noir, du Colombien Santiago Gamboa, l’est aussi, assurément. Digne d’un prologue de film d’action. Extérieur nuit. Quelque part dans les montagnes colombiennes. Un Hummer blindé est attaqué. Tirs nourris de fusils mitrailleurs. La riposte est rude. Des hommes tombent. Un hélicoptère intervient, qui permet la fuite d’un homme et de deux femmes. De cette séquence initiale, très violente et très brève, le seul témoin est un enfant. Et le lendemain, du carnage il ne reste rien. Pourquoi et par qui cette scène de crime a-t-elle été nettoyée ? Pourquoi la police locale ne fait-elle pas état de l’attaque ? Qui sont les trois survivants ? Où les cadavres ont-ils disparu ? C’est à toutes ces questions, et à d’autres encore, que répondra le procureur Jutsinamuy. Ce « lutteur infatigable » (c’est ce que signifie son nom en langue indienne) sera aidé dans son enquête par un duo de choc, celui que forment Julieta Lezama, une journaliste indépendante « passionnée par la dure réalité, l’ordre public, les crimes et le sang qui s’écoule des corps pour donner une couleur tragique au décor de ce joli pays », et son assistante Johana, ex-combattante des FARC.

Deux femmes qui n’ont pas froid aux yeux et que le crime impuni révolte. Dans la Colombie de l’après « processus de paix », où la guerre civile est encore très présente dans les esprits, entre jungle tropicale et villes, Gamboa tisse une intrigue pleine de péripéties. Prédicateurs évangélistes et trafiquants sont dans la ligne de mire de cet ancien journaliste devenu romancier pour le plus grand plaisir de ses lecteurs. Car il a l’art de conter des histoires. À l’enquête principale se mêlent toutes sortes de récits qui apportent de l’épaisseur et des nuances aux personnages, même aux moins sympathiques. Et toujours ce regard amusé qu’il porte sur ses héroïnes et leur procureur d’ami ! Sans doute pour rendre plus légère sa peinture d’un pays encore en proie à toutes les violences.

Deux romans noirs bien relevés donc. À déguster sans modération, parmi tous les autres régals littéraires concoctés par Métailié, à qui l’on souhaite de nous en offrir encore longtemps.

FRED ROBERT
Mai 2019

La cage Lilja Sigurdardottir (traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salaün)
Métailié noir, 20 € Les deux premiers volets de Reykjavik noir sont disponibles en poche (Points)
Des hommes en noir Santiago Gamboa (traduit de l’espagnol, Colombie, par François Gaudry)
Métailié noir, 21 €