Zoé de Gilles Ascaride : une relecture féministe et résistante du Fanny de Pagnol

Solitude de la fille perdue

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Zoé de Gilles Ascaride : une relecture féministe et résistante du Fanny de Pagnol  - Zibeline

Il y a dans la trilogie marseillaise de Pagnol une pseudo morale lourdingue qui nous colle à l’identité régionale. Cette jeune Fanny amoureuse d’un fils de bistroquet, fille d’une poissonnière, vendue au vieux Panisse parce qu’elle est enceinte pour préserver les apparences, fait l’objet d’un marchandage immoral : Panisse a l’âge d’être son père, le fils de Marius lui est volé, et le lit conjugal a des relents de mariage forcé.

Gilles Ascaride s’attaque à cette histoire ambigüe en inventant très pertinemment le sequel marseillais : il  ressuscite le personnage de Zoé, la tante « fautive » de Fanny, la sœur perdue d’Honorine. Il lui donne une histoire et une dignité : elle aime la vie, le sexe, couche avec un Africain, une femme, fait de la résistance, de la politique, au gré de son désir. Et elle dit toute sa rancœur contre l’hypocrisie de ces petits commerçants qui l’ont mise à la rue, et ne l’ont pas laissée sauver sa nièce. Elle est bien sûr bien plus morale que les personnages de Pagnol…

Ainsi ce Zoé, écrit comme un monologue de théâtre, un huis clos où le personnage vieilli, solitaire, s’adresse à son chat, a toute la truculence verbale de l’auteur marseillais, membre de l’overlittérature. Celle qui croit, avec Henri-Frédéric Blanc, à « l’universalité de l’esprit marseillais », à la littérature qui se fabrique loin des cercles parisiens, par un travail sur l’oralité et ses inventions régionales. Son discours féministe est bienvenu,  drôle et populaire, édité bien sûr au Fioupélan… qui pour l’heure, sur 24 titres, ne compte qu’un livre de femme. Après ce récit féministe, l’universalité marseillaise très masculine laissera-t-elle les femmes exprimer leur esprit directement ?

AGNÈS FRESCHEL
Janvier 2019

Zoé Gilles Ascaride
Éditions du Fioupélan, 10 €