Le premier film de Carlo Sironi, Sole, juxtaposition de deux solitudes qui se lézardent timidement

SoleVu par Zibeline

• 9 septembre 2020⇒9 octobre 2020 •
Le premier film de Carlo Sironi, Sole, juxtaposition de deux solitudes qui se lézardent timidement - Zibeline

Si le cinéma peut contribuer au diagnostic de l’état d’une société,  l’Italie de ce début du 21ème siècle ne va pas fort. On avait été glacé par le Favolacce des frères D’Innocenzo, présenté à la dernière Berlinale, on n’est pas très rassuré par Sole, premier film de Carlo Sironi, en compétition à la Mostra 2019, section Orrizonti.  Là, encore il s’agit d’enfant et de parents, de famille, de solitude, d’un présent où on s’englue, d’un futur compromis.

Le jeune Ermanno (Claudio Segaluscio) vit à Rome. Mais on ne reconnaîtra guère la ville éternelle. Il y a la mer proche. La fausse, en trompe l’œil comme décor de hall d’immeuble, la vraie, qui n’ouvre guère de perspectives. Ermanno vole des scooters, claque l’argent de ses rapines dans les machines à sous. Crâne rasé, taiseux, les yeux clairs, voilés d’une tristesse permanente, il n’a pas d’avenir et n’en veut pas. Sa seule famille : un oncle Fabio (Bruno Buzzi) et son épouse Bianca (Barbara Ronchi). Le couple, stérile, en mal d’enfant, lui propose d’accueillir Lena (Sandra Drzymalska), jeune Polonaise enceinte de 7 mois qui a accepté de leur vendre son bébé pour refaire sa vie à Berlin. Devant les médecins, les services sociaux, Ermanno devra jouer le rôle du père, jusqu’à l’accouchement, reconnaître le bébé, et enfin, autoriser une adoption plénière en  faveur de Fabio et Bianca.

Du passé de tous ces personnages, on ne saura presque rien. Dialogue a minima. Leurs sentiments ne se trahiront qu’au travers des gestes. Gestes d’un amour débordant et anxieux des futurs parents officiels, gestes mécaniques de la mère biologique et du faux géniteur, accomplissant sans joie leur contrat.

Le film se centre sur l’attente de la naissance et sur la cohabitation entre les deux jeunes gens. Cohabitation prolongée parce qu’un allaitement maternel s’avère nécessaire au bébé né avant terme. Juxtaposition de deux solitudes qui se lézardent timidement. Lenteur, répétition. Cadres resserrés. Fixité des plans très composés, rigidité des lignes : Lena et Ermanno y sont saisis « bloqués » dans le temps et l’espace. Murs nus, intérieurs dépouillés. Les références cinématographiques du réalisateur sont japonaises : Mikio Naruse pour la discrétion et l’efficacité de ses mises en scène. Le chef op Gergely Poharnok a utilisé des objectifs des années 60 pour donner dit-il « un côté intemporel à l’image ». Magnifique photo dont la palette de bleus fait blues à l’âme. Sole, la petite fille qui naîtra ne fera pas de miracle. Mais pour un court moment, elle suscitera le mouvement des corps et des âmes. Transformera les gestes machinaux de Lena et d’Ermanno en gestes tendres, changera leur indifférence en balbutiantes attentions. Fera entrevoir fugacement une autre vie possible et frémir une émotion qui ressemblerait presque à de l’amour.

ELISE PADOVANI
Septembre 2020

Sole de Carlo Sironi, au cinéma le 9 septembre.

Photo / Copyright Les valseurs