Les Caves du Potala, dernier roman de Dai Sijie, au cœur du Tibet, des temples bouddhistes et des thangkas

Soixante-dix-sept ans au TibetLu par Zibeline

Les Caves du Potala, dernier roman de Dai Sijie, au cœur du Tibet, des temples bouddhistes et des thangkas - Zibeline

En 1968, dans un Tibet déjà chinois depuis dix-huit ans, les jeunes gardes rouges de Mao Zedong se livrent à la profanation zélée des temples bouddhistes et de tout ce qui se rattache à des coutumes « contre-révolutionnaires ». Arrêté, brutalisé dans les caves du palais du Potala à Lhassa, Bstan Pa, ancien peintre du dalaï-lama, se remémore sa vie et semble porter le deuil de sa culture sacrifiée…

L’écrivain et cinéaste chinois Dai Sijie (qui écrit en français) inscrit son septième roman dans des thèmes qui lui sont chers : les affres de la révolution culturelle, lui qui fut envoyé de force dans les campagnes du Sichuan dans sa jeunesse (ce fut d’ailleurs l’inspiration de son premier opus Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise), mais également l’art pictural dont l’analyse est profondément poussée dans Les Caves du Potala. Loin d’être un prétexte, la profession de peintre officiel de Bstan Pa s’avère un vecteur profond de sens, de foi et de transmission des valeurs du peuple tibétain. L’analyse des thangkas, ces peintures sur rouleaux traditionnelles, est poussée extrêmement loin tant d’un point de vue technique que théologique, et leur destruction est perçue comme une grave désacralisation.

La culture tibétaine n’est pas forcément familière à tous et les nombreuses références très documentées aux notes de bas de page (hélas en fin d’ouvrage) peuvent rebuter le lecteur investi dès les premières pages. A cet égard, se documenter un peu sur le bouddhisme tibétain avant la lecture en renforcerait les enjeux, et il paraît difficile de se plonger dans l’œuvre sans avoir vu un thangka ou à quoi ressemble un stupa. Mais peu d’ouvrages permettent de découvrir avec autant d’intimité des facettes fondamentales de cette culture unique dont Dai Sijie loue l’harmonie et la pureté.

Une pureté qui semble en inadéquation avec un monde moderne impitoyable, inculte et brutal : à cet égard, l’interrogatoire de Bstan Pa apparaît comme un prétexte pour nous raconter de grandes Histoires, que ce soit une visite à l’empereur de Chine à Pékin, ou la fascinante recherche mystique du tulku, réincarnation du dalaï-lama décédé. Une structure narrative qui rappellera Le Dernier Empereur de Bernardo Bertolucci. Mais ici, plus que l’Histoire, ce sont la foi et la recherche de l’harmonie qui soutiendront le fil du récit.

PAUL CANESSA
Août 2020

Les Caves du Potala
Dai Sijie
Editions Gallimard, 18€
sortie le 3 septembre 2020