Critique: La vie simple – Simplement la vie, jusqu’au 2 avril à la Fondation Van Gogh d'Arles
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La vie simple – Simplement la vie, jusqu’au 2 avril à la Fondation Van Gogh d'Arles

Simplicité involontaire

• 29 novembre 2017⇒2 avril 2018 •
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La vie simple – Simplement la vie, jusqu’au 2 avril à la Fondation Van Gogh d'Arles - Zibeline

Faire preuve de simplicité, ce n’est pas si simple. À l’instar de Van Gogh, la recherche de la simplicité s’avère plus complexe que ce qu’on voit.

Avec cette nouvelle exposition hivernale, la Fondation Van Gogh a fait vœu de simplicité, conformément à l’héritage idéal du maître hollandais. Suivant ce fil rouge, si l’accrochage joue de sobriété (de la jute par endroits sur les murs), il n’est pas toujours si « simple » pour le spectateur de s’y retrouver dans le foisonnement des œuvres et des médiums artistiques.

Les photos intimes de Juergen Teller, celles d’Andrea Büttner au sujet de galets peints par des artistes, les graffitis de Dan Perjovschi ou les peintures chamarrées sur murs polychromes de Nicolas Party, une jungle naturelle/artificielle dans le patio transformé en jardin idéalisé avec perruches vivantes par Pawel Althamer, la tendresse incongrue du pêcheur pour sa belle prise dans le film O Peixe de Jonathas de Andrade…détournement narratif du film animé Le livre de la Jungle pour David Claerbout, des santons prêtés par le Museon Arlaten… constituent autant de sollicitations et d’associations libres possibles. Dans le parcours, une œuvre semble vouloir résister à la compréhension. Tant est-elle simple. La plus intrigante aussi car elle est de celles qui en disent en apparence le moins. Une tente de randonnée sans artifice, noire, ready-made manifestement usagé, elle porte les traces d’un vécu. L’entrée en est fermée, verrouillée. En tant qu’abri, son intérieur nous est pourtant inaccessible. Elle ne représente rien. Espace clos absurdement. Que pourrait-elle renfermer ? Il nous faut peut-être en appeler ici au principe de « cryptophorie » théorisé par Abraham et Torok à propos des secrets de famille enfouis (dans l’ouvrage L’écorce et le noyau). Le fait qu’une personne se créée inconsciemment un endroit (une « crypte ») pour contenir l’effroi provoqué par un événement trop violent afin de poursuivre une vie simplement normale. Nous imaginons quel poids identitaire a dû peser sur Vincent Van Gogh en portant le prénom de son frère aîné mort précédemment. Dans ce jeu de filiation, pourrons-nous aussi évoquer la période du Nord, vécue sous l’austérité du protestantisme, caractérisée par la sobriété des couleurs et des teintes sombres, puis dans l’admiration des œuvres terreuses de Jean-François Millet pour un commun hommage à la vie humble (mais par forcément simple) des paysans. Pour Van Gogh la vie arlésienne ne fut pas aussi simple qu’il eut pu l’envisager. Ainsi la mystérieuse tente, Goodbye d’Oscar Tuazon, intervient en négatif de l’argument de simplicité sous-tendant toute l’exposition qui « …puise dans les fantasmes et élans nostalgiques que son titre même convoque » et dont les « œuvres mettent en relief nos conceptions de style de vie tournée vers la simplicité ». On retrouvera d’autres perspectives développées dans le catalogue sous les analyses de différents auteurs dont Flora Katz à propos de la quête de simplicité chez Van Gogh.

CLAUDE LORIN
Novembre 2017

La vie simple – Simplement la vie
jusqu’au 2 avril
Fondation Van Gogh, Arles

Photo :
Dans le patio : Świetlica Matejki de Pawel Althamer, 2017, vue partielle. © C. Lorin/Zibeline


Fondation Vincent Van Gogh
35 ter rue du Docteur Fanton
13200 Arles
04 90 93 08 08
www.fondation-vincentvangogh-arles.org