Rire jaune avec Aires, chronique de l'ère automobile par Marcus Malte, aux éditions Zulma

Simples mortels

Rire jaune avec Aires, chronique de l'ère automobile par Marcus Malte, aux éditions Zulma - Zibeline

Marcus Malte n’en finit pas de surprendre. Et de construire une œuvre aux multiples facettes. Après les romans noirs de ses débuts, après la splendide fresque Le Garçon (prix Femina 2016), voici Aires ou La vie des gens avant le Jour d’après. Cette chronique du temps des automobiles et des aires d’autoroutes (chronique de notre temps donc) se présente comme le récit livré à d’« hypothétiques graduates » par un narrateur (professeur ? chercheur ?) du futur. Un qui s’est penché sur une ère depuis longtemps révolue, et sur ceux qui vivaient en ces temps-là, ceux qui « par leur insouciance meurtrière […] nous ont contraints à demeurer sans fin sous une cloche étanche. […] réduits à contempler au-dessus de nos crânes les nues saturées de pollen humanicide. »

Après un prologue étrange, truffé de néologismes (Malte s’essaierait-il à l’uchronie ?), retour à des repères familiers : les années 2000, l’été caniculaire, l’autoroute et des gens dans des véhicules. En tête de chaque chapitre, les caractéristiques techniques de chacun desdits véhicules. Et dans chacun de ces véhicules, un ou deux personnages, et leur vie qui se déroule comme le ruban de bitume sur lequel ils roulent. Des parcours divers, des existences qui se croisent, parfois se rencontrent. On trouve tout sur cette autoroute, en ce lundi 6 août : un débiteur compulsif et un autostoppeur qui traîne sa valise à roulettes et sa pancarte marquée « ailleurs » ; une femme d’affaires cynique et une serveuse pleine de foi ; un couple qui se délite et un autre qui se tient la main ; il y a même un serial killer…

L’autoroute comme microcosme ; comme métaphore de nos existences qui foncent dans le mur, du caractère éphémère de notre passage sur terre. Les habitacles comme autant de bulles de solitude. Sur cette époque que le narrateur initial « considère comme le début de la fin », Malte livre un constat sans complaisance, que son humour un brin cynique, souvent potache, allège heureusement. Car on sourit beaucoup en lisant Aires. On rit aussi. Jaune !

FRED ROBERT
Janvier 2020

Aires Marcus Malte
éditions Zulma, 24 €