Soirs d'été à Silvacane, un nouveau festival qui a déjà tout d’un grand

Silvacane en fêteVu par Zibeline

Soirs d'été à Silvacane, un nouveau festival qui a déjà tout d’un grand - Zibeline

Les deux journées du tout jeune festival Soirs d’été à  Silvacane sont marquées du sceau du succès. D’emblée, les spectateurs en nombre ont répondu présents à l’invitation estivale, visitant l’abbaye, se laissant porter par les effluves musicaux des groupes invités, qui, se prenant au jeu, glissaient leurs notes au cœur du jardin du cloître, conjuguant la magie de la journée finissante à celle des lieux. Ouvrait le bal le Quartet de la Plaine, avec les magnifiques musiciens Pierre Pesin (bugle), Nicolas Donnat (saxophone baryton), Thierry Vaudé (banjo), Claude Santelli (percussions), qui mêlent standards du jazz, improvisations, piochant dans les répertoires, jusqu’au superbe Ederlezi de Goran Bregović (BO du film d’Emir Kusturica, Time of the Gypsies), et offrent une festive et dansante aubade au concert lyrique proposé par Pauline Courtin (soprano), Florent Leroux-Roche (baryton) accompagnées du piano d’Anica Skryane, qui, soprano elle-même, suit avec une sensible intelligence les interprétations des chanteurs. Personnages mozartiens, espiègleries d’opérette, chant traditionnel slave, chaque univers est rendu avec justesse, voix élégantes et fluides, aigus expressifs de la soprano, élans brillants, subtiles retenues, notes étirées… Les musiciens s’installent avec verve dans tous les registres, tandis que Jean-Louis Deveze présente chaque extrait en le contextualisant avec une rapide efficacité. Auparavant, le G.U.I.D (Groupe Urbain d’Intervention Dansée, mené par Angelin Preljocaj) avait proposé une série d’extraits de chorégraphies du chorégraphe, déployant avec vivacité et humour solos, duos, trios, formations complètes. Le silence suit parfois les pas assurés des danseurs, magnifiant l’harmonie des gestes, puis la musique vient souligner un ensemble. Magie de l’instant saisie dans un mouvement, un accord…

Le lendemain recevait un public encore plus nombreux, les musiciens de l’ensemble Bande Originale animaient le cloître de la poésie de pièces classiques, ici un trio de cordes sous les arbres, là, à l’encoignure d’une voûte, un air de flûte, ou, la voix de Manon Bonnes résonne, intemporelle et à l’ombre du déambulatoire une contrebasse seule reprend un air… Le groupe complet se retrouve sur scène pour un spectacle original mêlant une interprétation sans faille de musiques de films à des extraits de dialogues de classiques du cinéma, Pulp fiction, Le Parrain, Il était une fois dans l’ouest, et tant d’autres, tandis que les danseurs Pierre Boileau-Sanchez et Sinath Ouk (à la mise en scène) offrent leur lecture de ces musiques et des œuvres qui prennent une autre dimension au gré de leurs élans chorégraphiques. Pas d’images projetées, les sons suffisent, font sens, chacun construit son propre spectacle et se laisse happer par la vivacité des interprétations et des danses.

Enfin, pour clore en feu d’artifice ces deux journées, la Cie Karnavires de Gardanne apportait son rythme débridé et pyrotechnique devant la façade de l’église.
Tout reprend son sens, comme dans les paysages de Matthieu Ricard dont la sérénité prélude aux élans artistiques dans les replis de l’abbaye.

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2021

Les Soirs de Silvacane ont été donnés les 2 & 3 juillet à Silvacane

Photographie © Didier Philispart