Au Musée d'histoire de Marseille une exposition originale à l'occasion de Marseille-Provence-Gastronomie

Si lointains, si proches…Vu par Zibeline

• 2 juillet 2019⇒24 novembre 2019 •
Au Musée d'histoire de Marseille une exposition originale à l'occasion de Marseille-Provence-Gastronomie - Zibeline

Dans le cadre de Marseille-Provence-Gastronomie, le Musée Départemental Arles Antique en partenariat avec le Musée d’Histoire de Marseille propose une exposition originale

Nombreuses sont les idées reçues à propos de l’alimentation des Romains dont le Satiricon de Pétrone livre une description hallucinante où l’on mange puis vomit pour manger encore ! David Djaoui, archéologue au musée départemental Arles Antique et commissaire scientifique de l’exposition On n’a rien inventé ! Produits, Commerce et Gastronomie dans l’Antiquité romaine joue, dans la première section du parcours, sur la série de clichés véhiculés par la littérature : objets luxueux, évocation du triclinium, richesse des fresques, assortis çà et là d’anachronismes, afin de titiller le regard du visiteur, aiguiser son sens de l’observation et le préparer à une solide mise en perspective de la fantaisie romanesque avec l’archéologie.

À table !

Que mangeaient donc les romains ? Les traces des mets sont rares, mais les restes alimentaires ainsi que les inscriptions latines sur les amphores, sans compter leurs formes, correspondant à tel ou tel contenu, sont suffisamment éloquents pour permettre de reconstituer ce qu’était la base de la cuisine antique, vins, huiles, poissons, coquillages, fruits, légumes, miels, céréales, viandes, produits laitiers (…) que dévoilent les diverses spécialités de la recherche archéologique, ichtyologie (étude des poissons), carpologie (étude des graines), malacologie (étude des mollusques). Les recettes émergent alors, que se plaît à élaborer l’archéologie expérimentale qui retrouve saveurs, gestes, techniques, à partir des objets parfois mystérieux dont l’usage s’éclaire à force de tâtonnements et de confrontations avec les corps de métier actuels… On retrouve la manière de découper, de préparer, d’épicer… et les boites des produits actuels viennent conforter l’idée d’une certaine permanence, vins vieux et nouveaux, sardines au naturel ou aromatisées aux oignons. Tous ces produits voyagent, une cartographie des appellations contrôlées irrigue tout l’empire, les routes commerciales se dessinent, les moyens de transport, les conditionnements, le « packaging », les entreprises fleurissent ; naissent déjà les marques, les repères, les représentants de commerce avec leurs échantillons.

Un étrange Déjeuner sur l’herbe

Le Déjeuner sur l’herbe, de l’artiste contemporain Daniel Spoerri, en épilogue de l’exposition, met en évidence les difficultés interprétatives, la fragilité des témoignages, et le nécessaire recours à la confrontation des sources et surtout à la science archéologique qui confirme ou infirme les éléments apportés. Tous les restes d’un repas, assiettes, verres et couverts compris, sont enterrés et « fouillés » vingt-sept ans plus tard… contredisant les souvenirs des « sources directes »… Une belle leçon d’humilité ! Nihil novi sub sole* ? En tout cas, de sacrées concordances !

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2019

* Rien de nouveau sous le soleil

 

On n’a rien inventé ! Produits, Commerce et Gastronomie dans l’Antiquité romaine
jusqu’au 24 novembre
Musée d’Histoire, Marseille
04 91 55 36 00
musee-histoire.marseille.fr

 

À voir aussi

Le service archéologique municipal propose en parallèle à l’exposition un récit des mœurs culinaires marseillais sur une période de 7000 ans.

Au Musée des Docks romains, l’on découvrira Delirium Dolium, projet porté en partenariat avec l’association Pareidolie (commissariat de Julie Miguirditchian) : l’artiste plasticien contemporain Samuel Rousseau sélectionne dans les œuvres antiques des motifs (poissons, méduse, végétation), qu’il détoure, pixelise, anime et projette, fantômes mouvants du passé au cœur des dolia, ou émergeant d’une amphore restée dans les profondeurs marines…

Catalogue de l’exposition remarquablement documenté, sous la direction de David Djaoui, 30 €

 

Casa Consolat
1 rue Consolat
13001 Marseille
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