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Les Rencontres Musicales de Hautes Provence à Forcalquier : de belles soirées à vivre jusqu'au 30 juillet !

Si la musique m’était contée…

• 27 juillet 2016 •
Les Rencontres Musicales de Hautes Provence à Forcalquier : de belles soirées à vivre jusqu'au 30 juillet ! - Zibeline

La première partie des Rencontres Musicales de Haute-Provence (explorant en 2016 la thématique du « Conte ») se déroule traditionnellement au Prieuré de Salagon à Mane, haut lieu historique situé juste à côté de Forcalquier. Là, les vieilles pierres entrent en résonance avec la musique de chambre de haut-vol, interprétée par une pléiade d’artistes gravitant autour de la famille Queyras qui chapeaute le festival depuis plus d’un quart de siècle. Les quelques 250 personnes qui ont la chance d’y assister (on y joue d’ordinaire à guichet fermé) goûtent à des programmes bien pensés qui marient la modernité pointue au grand répertoire classico-romantique.

Ce fut le cas le 27 juillet avec des opus à l’allure austère, signés Janacek et Brahms, qui s’appuient par moments sur des thèmes populaires. La Sonate pour violon et piano du Tchèque fut servie par deux experts en la matière, formidablement à l’écoute l’un de l’autre. Dans un souffle et une harmonie communs, Pierre-Olivier Queyras, sur la corde sensible, et Frédéric Lagarde, au clavier suspendu, ont mis en relief les ruptures angoissée de l’opus, ses respirations haletantes, questionnements d’un monde en crise en 1914.

Le Quatuor en la mineur op.51 n°2 de Brahms a, quant à lui, révélé ses lignes douces, son souffle ondulant tendrement, climat tempéré n’excluant pas, ci et là, un trémolo tendu, une page enlevée et légère ou d’ultimes mesures toniques au ternaire coulant, lorsque les instrumentistes se sont répondus, jouant de leur archet tel des gymnastes en relais… Autant de belles couleurs posées sur une toile ajustée par Christine Busch et Lisa Immer (violons), Sebastian Wohlfarth (alto) et Gesine Queyras (violoncelle) !

Étonnant alliage !

C’est en première partie, cependant, que s’est joué un moment clé de la soirée ! Difficile d’anticiper sur ce que Pierre-Laurent Aimard, pianiste rare, savant insondable, avait en tête : il proposait d’alterner, de placer en « réflexion » des pièces d’orgue (interprétée ici au piano) du hollandais Jan Pieterszoon Sweelinck et des miniature intimistes (Jatétok) de György Kurtag, deux compositeurs séparés par près de quatre siècles d’histoire musicales ! On est resté pantois, un sourire radieux au visage devant l’évidence des transitions choisies au millimètre par le musicien.IMG_3413

Là, après une page jouant sur les consonances et dissonances d’accords à trois sons, une simple triade en ré mineur nous a propulsé vers une Fantaisie baroque… Plus loin, ses échos en canons ont anticipé les jeux de mémoire contemporains du Hongrois… Ici, c’est une gamme en flammèche qui a servi de subite machine à voyager dans le temps… avant qu’un feu d’artifice contrapunctique et chromatique (célèbre Fantaisie au figuralisme funéraire de Sweelinck) n’ait annoncé une ultime gamme, descendant systématiquement par demi-ton sur l’ensemble du clavier, et qu’un glas funèbre, sidérant, n’ouvrît au silence… C’est aussi grâce à son geste fondamentalement engagé dans l’expression contemporaine que Pierre-Laurent Aimard a récolté suffrages et bravos lors d’une soirée qui marquera, à n’en pas douter, la 28ème édition des « Rencontres musicales » à Forcalquier.

JACQUES FRESCHEL
Juillet 2016

FORCALQUIER. Rencontres Musicales de Haute-Provence jusqu’au 30 juillet

Programme sur http://www.rmhp.fr

Photos Marie-Anne Baillon