Festival International du film d’Aubagne, jour 3. Au programme : Patrick du réalisateur belgeTim Mielants

Si j’avais un marteauVu par Zibeline

Festival International du film d’Aubagne, jour 3. Au programme : Patrick du réalisateur belgeTim Mielants - Zibeline

Patrick a 38 ans. Un peu autiste sur les bords. Patrick accomplit les travaux d’entretien au camping naturiste de son père malade. Patrick est salué de tous. Bonjour Patrick ! Patrick répond timidement et ne soutient pas les regards. Patrick dort dans son atelier de menuiserie où il préfère passer le plus clair de son temps libre, puis il perd un de ses marteaux subitement. Un trou béant dans le rangement mural méticuleux. Une absence inacceptable qui va mener Patrick dans une épopée improbable au cœur de la forêt belge et du microcosme du camp. Certains habitués sont compatissants, d’autres plus circonspects quant au manque de poigne et d’ambition que le jeune homme démontre. Que peut-il bien se passer dans cette drôle de tête ?
Le réalisateur mêle les genres avec brio. L’enquête en mode Agatha Christie se double d’un western dont les plans-types, perturbés par la nudité omniprésente, tournent au cocasse. Une bagarre dans une caravane au burlesque. L’interrogatoire d’un suspect, sac sanguinolent sur la tête, se fait tarentinesque. Les policiers, chargés d’accomplir l’erreur judiciaire du film, se mutent en SS de parodie. La futaie devient un lieu propice à des compositions surréalistes.

L’étrange dans ce qu’il a de charmant et d’inquiétant. L’étranger dans ce qu’il révèle la norme. Patrick n’est-il pas étranger à ce monde de mesquineries, de veuleries et de mensonges, au troupeau d’ahuris dont la nudité ne garantit en rien l’authenticité ?

La communauté est dépeinte dans ce qu’elle peut avoir d’oppressant mais aussi de fraternel. Le baiser d’une mère aveugle, l’amitié maladroite d’un policier incarné par l’inénarrable Bouli Lanners. Dans le rôle-titre, Kevin Janssens, qui a pris 17 kilos pour l’occasion, est époustouflant.
Un humour subtil et une musique puissante sans être grandiloquente (Geert Hellings) rythment une histoire qui traite avec légèreté et maîtrise de thèmes profonds : le deuil de l’insouciance, l’affirmation du soi, la vanité de l’obsession.
Inclassable, surprenant, tendre et cruel, ce premier film de Tim Mielants -connu entre autres pour avoir réalisé six épisodes de la série mythique Peaky Blinders– est une ode à l’excentricité involontaire et rayonne de bienveillance. Un régal !

LUCAS et ELISE PADOVANI
Mars 2020

Patrick de Tim Mielants
Festival International de cinéma d’Aubagne

Photo © Savage Film