"Si c’était de l’amour" de Patric Chiha, Teddy Award du meilleur documentaire à la Berlinale 2020

Si c’était de l’amourVu par Zibeline

• 22 juin 2020⇒29 juin 2020 •

Patric Chiha aime filmer les corps. On l’avait remarqué dans Brothers of the Night, sélectionné à la Berlinale en 2016, l’histoire de jeunes Bulgares, venus gagner leur vie à Vienne en se prostituant dans des bars gays, qu’il a suivis pendant douze mois. Cette année, dans la section Panorama, à Berlin toujours, son dernier opus au titre attirant de Si c’était de l’amour. Au centre du film, la pièce de Gisèle Vienne, chorégraphe que Patric Chiha connait depuis l’adolescence, Crowd, sur les raves des années 90. Le cinéaste l’a vue en 2017 à Paris et l’a suivie en tournée durant un an, à Berlin, Amsterdam, Mulhouse…

Dans une lente séquence inaugurale, devant une grille, défilent au ralenti des corps qu’on arrose comme pour une purification alors qu’une musique techno bat tel un cœur. Qui sont-ils ? Que font-ils ? Un sol jonché de détritus, des corps qui évoluent dans l’espace, au ralenti et une musique qui s’amplifie. Trouver la respiration profonde, voix de la chorégraphe. La caméra s’approche des visages, les caresse, nous rendant palpable le souffle des danseurs. Est-ce un spectacle ? Son making off ?

« Se toucher, sentir… Caressez-vous, n’accélérez pas » ; la caméra semble obéir aux consignes de la chorégraphe, nous offrant ainsi des images d’une grande sensualité, filmant sur scène, au plus proche des visages et des corps.

Mais le cinéaste, s’il filme au plus près la chorégraphie, va aussi dans les coulisses, nous faisant partager les relations qui unissent les danseurs au-delà de la scène. Certains se livrent. Les personnages qu’ils incarnent dans la danse convoquent leurs émotions intimes. Dans les loges, pendant les séances de maquillage ou les moments où les corps se préparent ; certains évoquent les tensions et les peurs quand on ne joue plus, quand personne et personnage se confondent, d’autres les fêtes où on se jette pour oublier, quand on a désiré, que c’est fini et que ça fait mal.

Un tableau vivant, où les hyper ralentis accentuent les émotions les plus primaires, attraction, répulsion, tendresse, violence et que Gisèle Vienne construit et dirige avec une grande minutie, une force tranquille. Patric Chiha a su en restituer l’essence et nous montrer, grâce au montage d’Anna Riche, combien la frontière entre l’art et la vie est ténue. Quant à la photographie de Jordane Chouzenoux, elle est superbe. Si c’était de l’amour a obtenu le Teddy Award for Best Documentary, à juste titre.

ANNIE GAVA
Mars 2020

Si c’était de l’amour de Patric Chiha, sort le 4 mars (1h22)

Photo © Norte Distribution

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