Vu par Zibeline

Shéhérazade, le premier long métrage de Jean-Bernard Marlin

Shéhérazade, enfants de la ville

• 19 mai 2018 •
Shéhérazade, le premier long métrage de Jean-Bernard Marlin - Zibeline

Des images d’archives, des migrants qui débarquent à Marseille, une cité, des enfants qui jouent et une levée d’écrou pour Zachary, c’est ainsi que démarre Shéhérazade, le premier long métrage de Jean-Bernard Marlin.  Non, ce n’est pas un énième film de banlieue, mais une histoire d’amour entre deux adolescents que l’enfance n’a pas épargnés.

C’est le foyer qui attend Zac à sa sortie de prison : sa mère, défaillante et paumée ne veut, ni ne peut, s’en occuper. Quant à Shéhérazade, elle « travaille » avec ses copines sur le trottoir, square Labadie, à Marseille et cohabite avec Zelda, une prostituée transgenre qui prend du crack. « « Moi, je respecte les filles, je respecte pas les putes » proclame Zac au début du film. Ce n’est pas simple pour lui de s’avouer qu’il est tombé fou amoureux de cette princesse du bitume qui a du mal à reconnaître qu’elle se vend. Déni du commerce des corps et des cœurs qui se trouvent. Il faudra attendre le troisième acte et la machine judiciaire pour que les mots se disent. Oui, je me prostitue ! Oui, j’aime Shéhérazade. Entre temps, le cinéaste nous aura fait découvrir un monde où se mêlent la drogue, la violence, les passes avec les clients, les embrouilles avec les potes, les rejets et les coups qu’on prend mais aussi les moments touchants où les durs se font tendres, où des gestes s’esquissent, où celle qui vend son corps suce son pouce, où celui qui frappe a peur du noir…

Le film a été tourné avec des acteurs non professionnels : Dylan Robert, rencontré en casting sauvage juste après sa sortie de prison de l’Établissement pénitentiaire pour mineurs de Marseille, incarne avec beaucoup de justesse et de présence Zac en face de  Kenza Fortas, une amie de son enfance à la Belle de Mai, retrouvée sur le tournage qui joue une Shéhérazade très convaincante aussi. On avait déjà remarqué Jean- Jean-Bernard Marlin pour son court métrage, La Fugue où Sabrina,  jeune mineure déjà condamnée, attendue pour une audience est tentée de fuir ses responsabilités et de retrouver son errance. Ici, pour son premier long métrage, « nourri de beaucoup de souvenirs, de moments, de rencontres et de sensations »,  il nous raconte une belle et dure histoire d’amour, sur la brèche, tourné dans la ville où il est né et dont il connait la pauvreté. Sans doute aura-t-il encore mille et une histoires à nous conter…

ANNIE GAVA
21 mai 2018

Photo © Ad Vitam

Le film a été présenté en Séance Spéciale à la Semaine Internationale de la Critique au Festival de Cannes 2018, et sortira prochainement en salle