Un jour, un théâtre, «Le roi Lear [chronique]» par la Compagnie Provisoire s'est joué en 6 lieux de la Métropole montpelliéraine

Shakespeare tout nuVu par Zibeline

Un jour, un théâtre, «Le roi Lear [chronique]» par la Compagnie Provisoire s'est joué en 6 lieux de la Métropole montpelliéraine - Zibeline

Dans son manifeste, on peut lire la définition de ce que la Compagnie Provisoire appelle plaisamment son « théâtre enragé ». Il y est question d’un jeu le plus nu possible, avec « les interprètes, le public et le texte. C’est tout. ». Raconter les histoires des autres, transmettre, pas forcément sur les plateaux de théâtre, « jouer partout ». Pour Le roi Lear [chronique] Julien Guill a conçu une tournée, « Un jour, un théâtre », dans 6 lieux de la Métropole montpelliéraine, ce qui faisait dire lors de la présentation de la saison à Frantz Delplanque, directeur du Théâtre municipal Jean Vilar, quel plaisir cela avait été d’être embarqué dans cette aventure « tous ensemble, sur un projet tout simple ». Sur la scène du Théâtre Jean-Claude Carrière au Domaine d’O, les quatre comédiens, en jean et pull noir, juste eux, sans maquillage, sans décor (avec tout de même une sonorisation qui souvent brouille les mots), dans la lumière plate des éclairages de service, portent la tragédie de Shakespeare à bout de bras. Ils sont à la fois les uns et les autres, les femmes jouent les hommes et vice versa, les trois filles du roi (joué par Fanny Rudelle) occupent le corps d’un seul acteur (Camille Daloz), qui incarne aussi les deux fils du comte de Gloucester (qui fait escale chez Dominique Léandri). Seul le fou (Sébastien Portier) du Roi Lear est finalement stable ; pas de nomadisme comédien, ce qui donne plus de poids à cette réplique désabusée, lancée à son maître : « J’aimerais être n’importe qui plutôt qu’un fou ! Pourtant je n’aimerais pas être toi. » Le fait est que la tâche n’est pas simple pour Lear qui, voulant partager son royaume entre ses filles proportionnellement à l’amour qu’elles lui portent, réveille les jalousies et les trahisons, jusqu’à épuisement de chacun des personnages. Héritage maudit, familles hautement toxique, pouvoir délétère, personnages multiples, intrigues noueuses ; le morceau est de taille, et l’enragement de ce théâtre-là ne dépasse malheureusement pas le numéro d’acteur un peu vain.

ANNA ZISMAN
Février 2020

Le roi Lear [chronique] a été joué au Kiasma (Castelnau-le-Lez), au Chai du Terral (Saint-Jean-de-Védas), au Théâtre Jean Vilar (Montpellier), au Théâtre Jean-Claude Carrière (Montpellier), à La Bulle Bleue (Montpellier) et au Théâtre Jacques Cœur (Lattes), du 28 janvier au 2 février

Photo : © Marc Ginot

Domaine d’O
178 rue de la Carriérasse
34090 Montpellier
0800 200 165
domainedo.fr