Le théâtre des Bernardines accueillait « Le Discours », adaptation d'un texte de Fabrice Caro

Seul à table…Vu par Zibeline

Le théâtre des Bernardines accueillait « Le Discours », adaptation d'un texte de Fabrice Caro - Zibeline

… et seul en scène. En 2017, Emmanuel Noblet nous avait régalés avec son adaptation, subtile, émouvante, de Réparer les vivants de Maylis de Kerangal. Seul en scène déjà. Il récidive aujourd’hui en adaptant Le discours, le deuxième roman de Fabrice Caro. Se contentant de la mise en scène et des lumières, il a laissé le jeu à son complice Benjamin Guillard. Et une fois de plus, quoique dans un tout autre registre, on se délecte. Il faut dire que le texte de Caro se prête particulièrement bien à un spectacle en solo. Pour ceux qui n’auraient ni lu le roman ni vu sa récente adaptation cinématographique, rappelons l’argument : lorsqu’au cours d’un repas de famille, son futur beau-frère lui demande de préparer un discours pour leur mariage, pour Adrien c’est panique à bord. Lui, faire un discours ? Alors qu’il patauge en plein chagrin d’amour, en pleine crise existentielle ? Qu’il déteste les mariages (la chenille, quelle horreur !) ? Qu’il a déjà du mal avec les rituels repas familiaux, auxquels il fait juste mine de participer ?

Le roman épouse, avec une impressionnante virtuosité verbale, un sens aigu de la formule et un humour ravageur doublé d’une grande bienveillance, les pensées du quarantenaire, ses échecs, ses espoirs, ses brouillons imaginaires de discours (tous des fiascos, évidemment), bref, tout ce qui fait de lui un perdant magnifique, à l’image de la plupart des personnages de l’écrivain et bédéiste montpelliérain. Dans le rôle d’Adrien, Benjamin Guillard fait merveille. Tour à tour hilarant et touchant, ce personnage un peu lunaire, décalé, ce gars dont personne ne voulait dans son équipe de foot au collège, nous entraîne dans ses questions, sur la vie, la famille, l’amour… qui sont un peu les nôtres. La mise en scène est sobre :une table de salle à manger, cinq chaises, pas besoin d’en rajouter. Si, juste un écran en fond de scène, un micro et quelques jeux de lumière, dont Noblet a la finesse de ne pas abuser. Et le spectacle file, selon un découpage judicieux, sur un tempo enlevé.« J’vais pas faire long, n’ vous inquiétez pas. » Effectivement, en 1h15, ce Discours est plié. Et on n’a pas vu le temps passer. Bravo.

FRED ROBERT
Décembre 2021

Le Discours a été joué au théâtre des Bernardines, Marseille, du 16 au 27 novembre.

Le texte de Fabrice Caro est disponible en collection de poche, comme celui de Broadway, son 3e roman.

Photo : © Gilles Vidal

Théâtre des Bernardines
17 Boulevard Garibaldi
13001 Marseille
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/