Ainsi soit-il, intense monographie du photographe Andres Serrano à la Collection Lambert, en Avignon

Serrano, de la poésie à l’enferVu par Zibeline

• 20 décembre 2015⇒12 juin 2016 •
Ainsi soit-il, intense monographie du photographe Andres Serrano à la Collection Lambert, en Avignon - Zibeline

Jusqu’au 12 juin, plus de 150 œuvres d’Andres Serrano sont exposées à la Collection Lambert : un intense panorama du photographe américain.

Alternant séries cultes et politiques avec des travaux récents et des commandes passées par le collectionneur Yvon Lambert, l’exposition Ainsi soit-il est la plus grande rétrospective européenne consacrée à Andres Serrano. Cette exposition conçue par Eric Mezil initie aussi un cycle de location d’expositions dévolues à l’art sacré que la Collection organise au musée de Vence, ville natale d’Yvon Lambert.
Après le scandale du Piss Christ en immersion saccagé en 2011 par des intégristes catholiques, dont «la décision de justice est toujours au point mort», le musée avignonnais qui possède un fonds exceptionnel des oeuvres de Serrano, un artiste majeur nourri d’histoire de l’art à laquelle il fait constamment référence, ouvre les portes de son univers singulier et sans concession, des années 80 à aujourd’hui.

Ainsi soit Serrano !
Des rivières de sang (menstruel) microscopiques aux clochards «photographiés comme des princes», des portraits des sociétaires de la Comédie-Française à un magistral triptyque sur les trois religions, de la série du KKK à celles des Américains faite au lendemain du 11 septembre, des personnalités religieuses dans The Church ou ses portraits d’armes… l’inspiration de cet artiste toujours concerné par les marges et les signes de son temps, ne fait jamais dans le politiquement correct. Serrano apparaît comme un «mémorialiste de son époque» qui sait anticiper l’actualité. Ses travaux plus récents, aux couleurs éclatantes et réalisés hors studio, en attestent encore : la série sur Cuba (2012) sur les traces de sa mère cubaine met en contraste intérieurs crasseux et univers bourgeois après 60 ans de communisme ; ou avec la chapelle du Rosaire de Matisse (2015), à Vence, photographiée pour la première fois, on retrouve son intérêt pour la religion.
Après la poésie de ces représentations du réel, dans des cadrages toujours inventifs et recherchés, au sous-sol : l’enfer ! Interdites aux moins de 18 ans «pour éviter toutes provocations», trois salles réunissent ses travaux moins «abordables» : la série Shit empile des déjections animales (en gros plan !), History of sex rassemble des sex-addict blasés et sans plaisir, et la série The morgue expose des images de cadavres, dont certaines prises clandestinement, froides et tragiques. Un miroir du monde actuel parfois difficilement supportable mais qui n’est, là encore, jamais nié.

Un nouveau regard sur la collection
Avec ses tirages Cibachrome saturés et sur-brillants, l’intensité de l’exposition est compensée par le nouveau regard porté sur les œuvres du fond permanent, visible dans le premier musée par lequel on accède à la Collection. On redécouvre les œuvres des trublions historiques du BMPT (Buren, Mosset, Parmentier et Toroni), des monochromes de Robert Ryman, des photos de Louis Jammes sur l’immigration, un hommage de Giulio Paolini à Cézanne, un Tricolore symbolique de Baptiste Croze, des pastels de Cy Twombly, et encore des œuvres d’Adel Abdessemed, Anselm Kiefer, Louise Lawler… et un étonnant manuscrit de Roland Barthes. Le calme avant la tempête Serrano !

DELPHINE MICHELANGELI
Janvier 2016

Ainsi soit-il
Un nouveau regard sur la Collection Lambert
jusqu’au 12 juin
Collection Lambert, Avignon

Photo : Ainsi soit-il, exposition Andres Serrano, Collection Lambert, déc 2015 © Delphine Michelangeli

 

Collection Lambert

5 rue Violette
84000 Avignon