Petit traité du jardin punk : un ouvrage délicieux d'Éric Lenoir aux Éditions Terre vivante

Serpette et cran d’arrêtLu par Zibeline

Petit traité du jardin punk : un ouvrage délicieux d'Éric Lenoir aux Éditions Terre vivante - Zibeline

L’été dernier, la Scop Terre vivante, éditrice d’ouvrages d’écologie pratique et du magazine Les 4 Saisons, a publié un merveilleux Petit traité du jardin punk. Moins d’une centaine de pages rédigées par un paysagiste iconoclaste, Éric Lenoir, pour « apprendre à désapprendre » : tout oublier de la tonte et la taille en faveur d’une exubérance libertaire, en somme adapter au jardinage la culture punk, mouvement contestataire né dans les années 1970.

Fauché, fainéant, résolument décidé à ne pas suivre le droit chemin… le punk « ne savait même pas qu’il était écologiste ». Et pourtant ! L’auteur invite à s’inspirer de ses mœurs pour bichonner son environnement végétal. D’abord, privilégier les friches, en marge de la société. Ensuite, viser la plus grande autonomie possible, selon trois critères : pas cher ; facile ; rapide à faire. Choisir des outils sobres : aux fins de bouturer, une serpette ou un vieux cran d’arrêt -pour les puristes- feront l’affaire. S’abstenir un maximum d’agir. Prendre le temps d’observer, de préférence un cycle complet de saisons (le jardinier punk est contemplatif). Cultiver un style à nul autre pareil, en dandy transgressif. Magnifier les sauvageon(ne)s, fleurs de bitume aux charmes méconnus. Profiter du système en pratiquant la récupération de graines, palettes, vieux pots… Même un mur moche en parpaings peut héberger une biodiversité rebelle, et éclater de couleurs une fois recouvert de vigne vierge. Accueillir “les bébêtes“, oui, même les rongeurs et les reptiles !

Bref, favoriser la tendance de la vie à s’insérer dans tous les interstices, en apprenant un maximum au passage. L’étude de l’épervière orangée ou du géranium herbe-à-Robert, qui germent facilement dans les conditions les plus ingrates, même sur du béton fendillé, promet des joies inépuisables. Le traité ne précise pas si les plantes d’un jardin punk apprécient plus les Ramones que la musique classique ; il va falloir expérimenter.

GAËLLE CLOAREC
Avril 2021

Petit traité du jardin punk
Éric Lenoir
Éditions Terre vivante, 10 €