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Sergio et Sergei, fable teintée d’humour noir du réalisateur cubain Ernesto Daranas

Sergio et Sergei

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Sergio et Sergei, fable teintée d’humour noir du réalisateur cubain Ernesto Daranas - Zibeline

Des images d’archives, le départ d’une fusée dans l’espace, le mur de Berlin qui tombe et une voix off douce, délicatement nostalgique et ironique, celle de Mariana qui évoque cette époque et son père, professeur à l’Institut Supérieur des Arts (ISA) de La Havane. C’est ainsi que démarre le troisième film d’Ernesto Daranas, réalisateur cubain qu’on avait découvert en 2015 avec Chala, une enfance cubaine où il abordait le problème de l’éducation à travers le regard d’un enfant laissé pour compte du progrès social cubain. Dans Sergio et Sergei, première coproduction américano-cubaine depuis plus de 60 ans, il nous plonge dans les années 90, au moment où l’effondrement de l’URSS plonge l’île dans une situation difficile, où la vie quotidienne est une lutte sans fin.

Sergio (Tomás Cao), diplômé en philosophie marxiste, qui ne parvient pas à se faire éditer, a du mal à faire manger sa fille et a recours à une distillerie clandestine. Sa passion est la radio amateur et il communique par morse avec l’extérieur en particulier avec l’Américain Peter (Ron Perlman) qui avait entretenu une relation par code des années durant avec son père, et qui lui envoie du matériel radio, bien évidemment d’abord intercepté  par la police castriste. Très surveillé, en particulier par Ramiro (Mario Guerra), personnage clownesque, prêt à tout pour se faire mousser auprès de ses supérieurs, Sergio entre en contact, par un hasard malicieux – après la prière et le chant de sa mère devant la Vierge – avec Sergei Azimov (Héctor Noas) un cosmonaute russe, personnage inspiré au réalisateur par Sergueï Krikaliov qui détient le record de temps passé dans l’espace.

Sergei apprend qu’il va rester plus longtemps dans la station Mir, abandonné par les Soviétiques occupés par bien  d’autres soucis sur Terre, et ne pense qu’à une chose, retrouver sa femme et ses enfants qui souffrent, ne mangeant pas à leur faim. Entre ces deux, qui portent presque le même prénom, le courant passe immédiatement et les rendez-vous radiophoniques les aident à supporter leur situation et les épreuves. La caméra d’Alejandro Menendez nous montre les rues que Sergio parcourt à vélo, les toits terrasses de la Havane où Ulises, (Armando Miguel Gómez) l’ami de Sergio fabrique un balsas (radeau), espoir d’évasion, l’intérieur de la maison de Sergio où sa mère, Caridad (Ana Gloria Buduen) s’est remise à fabriquer des cigares et où parfois, le rhum distillé aidant, on se met soudain à rire et à danser. Des images aux teintes qui semblent patinées par le temps.

« Il s’agit essentiellement d’un film sur une amitié qui va au-delà des frontières culturelles, géographiques et politiques (…) une fable sur un moment qui est resté dans la mémoire des Cubains » précise le réalisateur ; et cette fable, teintée d’humour noir, qui se termine en véritable farce, nous rappelle que l’amitié entre les peuples pourrait être possible. On aurait envie d’y croire !

ANNIE GAVA
Mars 2019

Sergio et Sergei de Ernesto Daranas a été présenté en avant-première lors de la 8e édition de Nouv.o.monde à Rousset.

Il est sorti le 27 mars (1h33)

Photo : SERGIO&SERGEI © Bodega films