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Vu par Zibeline

Oktobre, étrange cirque à l'univers sombre, absurde et délirant

Sensations d’Oktobre

• 5 février 2016⇒6 février 2016 •
Oktobre, étrange cirque à l'univers sombre, absurde et délirant - Zibeline

Est-il nécessaire de tout comprendre à un spectacle pour l’apprécier ? Non. En matière d’art, d’autres champs de lecture existent, au-delà de la compréhension et du sens. Sensations, sentiments, émotions, interprétations, une œuvre est aussi une ouverture vers tous ces possibles.

Oktobre, présenté les 5 et 6 février, au Théâtre Durance de Château-Arnoux, est de cette veine. Entre absurde et banalité, cruauté et douceur, le spectateur oscille. Déstabilisé par l’étrange univers et fasciné par le naturel évident qui en découle pourtant. Sur scène, un mélange de cirque, magie, danse et théâtre. Et une ambiance à la fois drôle, délirante et angoissante.

Dans un décor réduit au minimum – une table et des chaises – deux hommes et une femme se côtoient, s’attirent, se confrontent, se rejettent, se menacent. Des tableaux un peu décousus s’enchaînent, mettant en avant la performance d’un artiste. Les personnages sont vêtus de noir. Quelques balles ou ballons rouges, comme des nez de clowns éparpillés, cassent ce noir austère.

On est peut-être dans une auberge. Un voyageur débarque, accueilli par deux étranges individus. La maîtresse de maison, allure stricte, semble sortie d’une pièce de Lorca, comme une fille de Bernarda Alba. Son serviteur (ou son mari, son fils, son frère ?) est un acrobate déjanté.

Le voyageur (Yann Frisch) tente de briser la glace. Magicien d’exception, il enchaîne des tours de passe-passe prodigieux. Revisitant l’art de l’illusion grâce à des techniques de jonglage, il livre un numéro où les balles rouges apparaissent, disparaissent, rebondissent et se multiplient à la vitesse de l’éclair. L’héroïne de Lorca (Eva Ordonez-Benedetto) n’y est guère sensible. La comédienne est capable de ruptures brutales, de la sensualité à la violence. C’est aussi une trapéziste au registre extrême, tout en tensions, avec équilibres sur nuque, mollets, talons, et séries de figures toujours à la limite. Quant à son acolyte, Jonathan Frau, son acrobatie, proche de la danse, est faite de torsions et d’un contraste alternant contraintes et libérations.

Tous trois naviguent dans une atmosphère noire, sombre, trouble. Des éclats de poudre rouge simulent la mort. Les rires nerveux, la peur, la colère, la joie, l’érotisme, l’attirance, la rivalité, l’hostilité, la répulsion, toute la palette des attitudes humaines est exposée. Elle se traduit bien plus par des ressentis que par les mots. Jusqu’au final, frénétique et explosif, où surgit une quatrième interprète, Pauline Dau, en danseuse hallucinante et hallucinée.

Le spectacle, vu un an auparavant à Marseille, lors de la Biennale Internationale des Arts du Cirque, péchait alors par trop d’individualisme. Les artistes, tous virtuoses de leurs techniques, jouaient leur partition un peu en solo. Ils ont gagné en cohésion, en fluidité et en rythme, pour une prestation parfaitement maîtrisée.

JAN-CYRIL SALEMI
Février 2016

Oktobre a été joué les 5 et 6 février au Théâtre Durance de Château-Arnoux/Saint-Auban.

Photo : © Daniel Michelon

 


Théâtre Durance
Avenue des Lauzières
04160 Château-Arnoux-Saint-Auban
04 92 64 27 34
http://www.theatredurance.fr/