Selon la police, plongée inconfortable dans les maux de notre société

Selon la policeVu par Zibeline

• 23 février 2022⇒2 mars 2022 •
Selon la police, plongée inconfortable dans les maux de notre société - Zibeline

Une carte de police qui brûle dans le lavabo d’un commissariat et un flic fatigué, Ping-pong, (Patrick d’Assumçao) qui s’en va. C’est ainsi que commence Selon la police de Frédéric Videau, un film choral qui nous immerge dans le quotidien de cinq policiers d’un commissariat de Toulouse, des flics de proximité dont le plus ancien, surnommé Ping-pong, rend les armes. Il y la jeune stagiaire, Zineb (Sofia Lesaffre), « Française de Sousse » qui cache à sa famille son choix d’être policière, qui subit les regards appuyés de certains de ses collègues, et qui, trop compréhensive, trop humaine au « Bureau des pleurs » doit apprendre qu’elle « n’est pas une assistante sociale ». Il y a Delphine (Laetitia Casta) qui lui explique que la pluie est la seule alliée du flic, pluie comme un leitmotiv tout au long des séquences. Il y a Tristan (Simon Abkarian), un poil raciste, qui n’hésite pas à arrêter pour faire du chiffre, mais reste impuissant face à sa fille qui s’est fait tabasser à cause du métier de son père. Il y a Joël (Émile Berling) devenu stagiaire, poussé par son frère Drago mais qui rêve de partir, loin, très loin… ailleurs ; Drago (Alban Lenoir), le plus hargneux, le plus lucide peut-être aussi, sent bien que « ça va leur péter à la gueule et qu’ils sont seuls comme des chiens ». Car il est loin le temps où la police de proximité avait pour but de retisser le lien cassé entre la population et la police. Le temps où Serge jouait au Ping-pong avec des jeunes de cité, ce qui lui a valu son surnom. Ce qu’est devenue la police aujourd’hui, Ping-pong ne l’assume plus. Son errance dans un parc et ses vaines tentatives d’échange avec les gens ponctuent le film qui nous fait vivre les moments de doute, de colère, de partage des cinq collègues, aussi bien à l’accueil du commissariat que dans les toilettes où on se réfugie parfois pour pleurer. Dans une mise en scène soignée, ce film, inconfortable, nous plonge le temps d’une journée et d’une nuit dans le chaos du monde et les maux de notre société. On n’en sort pas bien joyeux.

ANNIE GAVA
Février 2022

Selon la police de Frédéric Videau sort en salles le 23 février (1h51)

Photo : Selon la police © Maxime Beaufey