Meurtres à Mahim de Jerry Pinto aux éditions Banyan

Section 377Lu par Zibeline

Meurtres à Mahim de Jerry Pinto aux éditions Banyan - Zibeline

Les éditions Banyan, spécialisées dans la diffusion en France de la littérature indienne classique et contemporaine, font un pari réussi avec la publication du premier polar de leur catalogue : Meurtres à Mahim de Jerry Pinto, dans une traduction de Patrice Ghirardi. Meurtres, milieux interlopes, fausses pistes, s’enchaînent en un rythme soutenu. Tout commence par un crime abject dans les latrines publiques de la gare de Matunga dans le quartier de Mahim à Bombay. C’est là qu’ont lieu des rencontres homosexuelles clandestines. En effet, dans la deuxième décade du XXIe siècle, le code pénal indien criminalise encore l’homosexualité par l’article « Section 377 » (annulée par la Haute Cour de Delhi en 2009, la loi fut invalidée quatre ans plus tard par la Cour suprême. Il faudra attendre le 6 septembre 2018 pour que la « Section 377 » soit décrétée par cette même cour inconstitutionnelle, précise l’éditeur). En une écriture précise et puissante, les portraits sont brossés avec finesse, les nombreux personnages prennent une épaisseur humaine qui donne corps et relief à la narration.

« Bombay dédaigne la nuit » affirme l’incipit, et pourtant, dans cette orgie de lumières, se trament calculs sordides, vengeances. La clandestinité imposée à la communauté gay profite à certains policiers qui, usant de leurs prérogatives, complètent indécemment leurs piètres salaires. Une fresque sociale se dessine, évoque les conditions indignes dans lesquelles vivote une population pauvre : comme certains immeubles ne disposent que d’un lieu d’aisance, les enfants sont expédiés dehors pour faire leurs besoins. L’irréparable s’accomplit, nourri des rêves déçus de personnes qui voient que toute amélioration de leur sort leur est interdite. On suit l’inspecteur Shiva Jende et son ami d’enfance le journaliste à la retraite Peter Fernandes dans une enquête aux multiples rebondissements, un meurtre semblant en appeler un autre. Dans ce contexte, on voit Peter et son épouse Millie s’interroger sur la possible homosexualité de leur fils unique Sunil… Un roman polymorphe, sensible et non dénué d’humour, qu’on ne lâche pas une fois commencé.

MARYVONNE COLOMBANI
Mars 2021

Meurtres à Mahim
Pinto, traduction de l’anglais (Inde) par Patrice Ghirardi
Éditions Banyan, 17,50 €