Vu par Zibeline

Alexei Volodin évoque les admirations communes entre compositeurs à La Roque d’Anthéron

Séance dédicaces!

  Alexei Volodin évoque les admirations communes entre compositeurs à La Roque d’Anthéron - Zibeline

Le fil conducteur du programme de la soirée proposée par Alexei Volodin au Festival international de La Roque d’Anthéron ne manquait pas d’originalité, s’attachant à des pièces dédicacées entre musiciens, tous à la fois compositeurs et interprètes du XIXème siècle. Triomphe romantique où Schumann, Chopin, Liszt, s’offrent leurs œuvres, témoignages d’estime réciproque, et sans doute aussi, d’une discrète volonté d’émulation complice entre pairs.

Une première partie consacrée à Schumann offrait ainsi Widmung, premier morceau du recueil Myrthen, opus 25 que le compositeur dédia à sa femme, Clara Schumann. Les vingt-six poèmes furent présentés à la jeune femme le jour de ses noces, bouquet de myrtes, plus tard transposé pour piano par Liszt. Le premier lied de l’ouvrage, sur un poème de Friedrich Rückert, déclare l’inconditionnelle passion de l’artiste, « Du meine Seele, du mein Herz » (toi mon âme, toi mon cœur), son bonheur d’être amoureux… Fluidité magique qui fait oublier la pluie, les ponchos généreusement distribués à l’entrée, les gouttes d’eau, les froissements des capuches en plastique… personne ne quitte son siège ! Une autre déclaration amoureuse se prépare ! Initialement composées pour Clara Schumann, les Kresleriana opus 16 sont dédiées à Frédéric Chopin. Pourtant Robert Schumann écrivait à son épouse «  j’ai terminé une série de nouvelles pièces ; je les appelle Kresleriana. Toi (Clara) et ta pensée les dominent complètement. (…) Dans certaines parties, il y a un amour vraiment sauvage, et ta vie et la mienne et beaucoup de tes regards ». Palette colorée, registres contrastés, états d’âme changeants, liquidité des notes entre l’impulsivité et les rêveries du compositeur. Harmonie.

Avec la Ballade n°2 en fa majeur opus 38, de Chopin, dédiée à Schumann, on a l’impression que le pianiste explore toutes les possibilités de son instrument, en un dialogue nourri, où douceur et vives envolées alternent. La gracieuse (ainsi l’avait nommée l’éditeur sans consulter Chopin) répond par ses contrastes aux Kreisleriana précédentes.

Changement de ton et d’atmosphère, bouleversant, avec la Sonate en si mineur de Liszt, dédiée à Schumann ! L’excellent pianiste devient passeur d’émotion, de sens, comme transfiguré. Cette grande sonate connaît ici une exécution somptueuse, folies emportées, méditations inspirées, touches martelées, effleurées… l’ensemble transporté en larges respirations est saisissant d’ampleur, de beauté. Au public subjugué, Alexei Volodin offrira  trois bis virtuoses, l’époustouflante Marchen opus 51 n°3 en la mineur de Medtner, l’impossible Étude d’exécution transcendante (S139) dite Appassionata de Liszt, éblouissante d’une virtuosité jamais gratuite, mais au service de l’expression, et enfin encore de Liszt, Consolation (S172, n°3), songe éveillé…

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2018

Concert donné le 3 août au Parc du château de Florans, dans le cadre du Festival international de La Roque d’Anthéron.

Photographies : Alexei Volodin © Christophe GREMIOT