Héros et rebelles, titre provisoire, le nouvel opus déjanté de l’Auguste Théâtre

Se construire sans donneurs de leçonsVu par Zibeline

Héros et rebelles, titre provisoire, le nouvel opus déjanté de l’Auguste Théâtre - Zibeline

Quel spectacle frais et intelligent que la nouvelle création de l’Auguste Théâtre, mise en scène et écrite par Claire Massabo avec la complicité d’Élise Py et les propositions de plateau d’Anne Sophie Derouet et Johana Giacardi. Pour le moment, un titre provisoire à l’instar de la période mouvante que nous vivons, Héros et rebelles, livre quelques clés : il est question de ces grandes figures de l’histoire connues, méconnues, qui ont alimenté nos mythologies, bâti des utopies, personnes fortes qui se sont dressées pour leur liberté et celles des autres et nous donnent à rêver et à élaborer les consciences.

Deux conférenciers improbables se croisent : la doctorante et historienne Dubol (Anne Sophie Derouet), et l’agrégé d’histoire, Bolduc, enfin qui se rêve tel (Johana Giacardi). Dans un décor réduit au minimum, un lutrin aux étonnantes possibilités dissimule, révèle, attend la parole professorale. Le « magistral » se pare alors de fantaisie, de mimes, de remarques cocasses, s’ourle de chants a capella, se glisse dans les chemins de la BD, use de ralentis hilarants (la bataille des “Marrons” contre les esclavagistes est un moment d’anthologie), joue sur les mots, les citations, s’orchestre avec une profondeur qui se défend d’être sérieuse, mais documentée, charpente intelligemment un discours qui n’impose rien, laisse ouvertes questions et ombres, en un remarquable exercice de vulgarisation, vivant et imagé. D’abord émergent les inconnus, celle qui conçut les essuie-glaces, Mary Anderson, ou celui plus contestable car issu de la Désencyclopédie, Jean-Baptiste Louis Picon, « inventeur » de la poignée de porte…

Voici Nina Simone qui à douze ans refuse de jouer du piano si ses parents, exclus de son concert parce que noirs, ne sont pas assis au premier rang ; Galilée qui, inlassablement, œuvre à ses recherches et affirme que la terre, ronde mais pas encore bleue comme une orange, tourne autour du soleil ; Spartacus, l’esclave-gladiateur, qui se soulève contre Rome et imagine une société idéale ; Mae C. Jemison, première femme astronaute ; Nanny des Marrons, symbole de la résistance des esclaves en Jamaïque… Le récit devient témoignage, éveil enthousiaste des pensées, adjoint sa portion de fiction au réel, son indispensable pincée de rêve au monde, afin d’édifier cette âme commune d’une humanité responsable de ses choix…

Sur scène, les deux actrices rayonnent. Spirituelles et vives, elles enlacent les mots et les techniques théâtrales, explorent toutes les possibilités que le genre leur accorde, repoussent les frontières, bref, nous emportent dans un beau moment de théâtre, espiègle et libérateur. Vivement le retour dans les salles pour les applaudir enfin !!!

MARYVONNE COLOMBANI
Février 2021

Spectacle vu salle de la Calade aux Pennes Mirabeau, dans le cadre de rencontres destinées aux professionnels le 12 février 2021

Photographie : Johana Giacardi et Anne Sophie Derouet © L’Auguste Théâtre