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Vu par Zibeline

Erwin Wurm à l'honneur dans trois musées marseillais

Sculpter l’idée

• 3 juin 2019⇒15 septembre 2019 •
Erwin Wurm à l'honneur dans trois musées marseillais - Zibeline

Un parcours où les œuvres diverses se répondent en écho.

Le Musée d’Art Contemporain de Marseille est fermé pour travaux. Enfin, plus exactement, fermé en vue de travaux qui n’ont pas commencé, et dont on espère qu’ils doteront enfin la deuxième ville de France d’un espace digne de ses fabuleuses collections.

C’est donc au musée des Beaux-Arts (Palais Longchamp), au Musée d’Art Moderne (Musée Cantini) ainsi que dans la sublime Chapelle de la Vieille Charité que l’artiste autrichien Erwin Wurm est accueilli. Triple déclinaison qui lui donne l’occasion de mettre en perspective éclairante trois aspects de son œuvre. Même si comme pour l’exposition Sophie Calle on peut regretter le temps perdu par le visiteur à se déplacer d’un musée l’autre, et donc bien souvent à choisir l’espace qui expose le plus d’œuvres, qui n’est pas forcément le plus intéressant.

Ainsi c’est le musée Cantini, dont tout le rez-de-chaussée est consacré à l’artiste, qui a en charge l’essentiel de l’œuvre rétrospective. Qui est résolument Fluxus à certains endroits, quand il invite à partager un whisky ou un pastis, plus lyrique dans ses vidéos qui captent l’absence et le vide, parlent de poussière, de vêtements surabondants qui invisibilisent les corps. Quelques sculptures majeures, la voiture aux flancs rebondis, les maquettes de maisons débordantes et comme obèses donnent une drôle de vie aux objets inanimés. Le parcours, thématique plus que chronologique, permet de découvrir les facettes diverses d’un artiste mystérieux… que l’on saisit mieux encore dans les deux autres musées.

À la Vieille Charité, Narrow House. L’œuvre exposée lors de la Biennale de Venise 2011 prend, dans ce contexte religieux, une saveur plus spirituelle que sur le Grand Canal : la maison autrichienne typique, qui est celle de son enfance, est figurée avec exactitude. Tout y est à l’échelle 1 pour ce qui est de la hauteur et de la longueur, mais resserré terriblement en largeur : l’étroitesse de la vie, du jardinet, du lavabo, des ustensiles, fait ressentir en un éclair l’étroitesse abstraite des vies et des idées de cette architecture…

C’est avec le même humour décalé qu’il expose ses One-minute sculptures au musée des Beaux-Arts. Des sculptures en actions où le visiteur est lui-même le performer, le corps sculpté et sculptant, objet et sujet suivant les directives amusantes de l’artiste. Il est question de s’assoir en pensant à Spinoza pendant une minute, ou d’enfiler des pulls. Seul, à plusieurs, en prenant des poses dessinées sur les socles. C’est évidemment drôle dans ce musée académique de corps de marbre triomphants, et les enfants adorent. Mais cela invente aussi une autre sculpture : ce que l’artiste veut capter, c’est aussi la timidité, le moment de la décision, et puis l’après, quand le sculpté sort du pull. L’idée même que notre corps vivant est une œuvre, qui pense (à Spinoza) et figure des états passagers, à l’encontre des usages habituels des vêtements.

L’objet vivant, la maison étroite, le corps présent : un beau triptyque !

AGNES FRESCHEL
Juin 2019

jusqu’au 15 septembre

Musée Cantini, Centre de la Vieille Charité (Narrow House) et Musée des Beaux-Arts (One-Minute sculptures), Marseille

culture.marseille.fr


Musée Cantini
19 rue Grignan
13006 Marseille
04 91 54 77 75
www.marseille.fr


La Vieille Charité
2 Rue de la Charité
13002 Marseille
04 91 14 58 80
http://vieille-charite-marseille.org/