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Vu par Zibeline

Fêter l'Apocalypse avec les 10e Rencontres Internationales Sciences & Cinémas

Sciences et carnage

• 19 novembre 2016⇒26 novembre 2016 •
Fêter l'Apocalypse avec les 10e Rencontres Internationales Sciences & Cinémas - Zibeline

La soirée de clôture des 10e Rencontres Internationales Sciences & Cinémas invitait à « fêter l’Apocalypse » en compagnie du réalisateur Nikolaus Geyrhalter, dont le film Homo Sapiens révélait lieux et bâtiments désertés par l’homme, où la nature a repris ses droits.

L’Apocalypse : c’est aussi ce dont il était question lors d’une projection organisée à la BMVR Alcazar, le 22 novembre. La soirée portait pour titre Après le nucléaire, et présentait un court-métrage de Benoît Labourdette1, La science est-elle immorale ? Fort surtout d’une voix off : un texte du sociologue Albert Bayet, publié en 19312, répondant sans hésiter oui, elle l’est. La 1re Guerre Mondiale s’était achevée sur un « progrès » considérable de la science, qui « apparaissait au monde comme la servante magnifique du meurtre ». Et voilà qu’elle se remettait au travail, « pour que la guerre future fût encore plus meurtrière ».

Lors des échanges après la projection, l’un des spectateurs, chercheur de métier, s’insurgeait : pourquoi dresser ainsi un « catalogue de toutes les vilenies et scélératesses de la science, et présenter ses bienfaits comme des alibis ? » À quoi Serge Dentin, le directeur artistique des Rencontres répondait qu’il s’agissait « d’un film-tract, fait pour provoquer la réflexion ».

Mission accomplie, donc, surtout en regard de l’œuvre suivante, un long métrage documentaire de Gilles Laurent intitulé La terre abandonnée. Évoquant les rares personnes, souvent âgées, qui ont choisi de demeurer chez elles malgré les radiations, après la catastrophe nucléaire de Fukushima. Notamment Naoto Matsumura, resté pour s’occuper des animaux désertés par leurs maîtres, et qui se retrouve à nourrir des dizaines de chats et de chiens. Le film s’ouvre et se ferme sur des images glaçantes dans leur neutralité : un travelling lent sur des rues à l’abandon. Tout est fermé, tout est vide, des liserons radioactifs poussent sur les pompes à essence. Aucune horreur, pas d’images médicales, juste le témoignage de japonais stoïques, ou de scientifiques allemands rivés à leur compteur Geiger, qui concluent que c’est bien là le problème avec la radioactivité : on ne la sent pas. Tout paraît normal, sauf que c’est invivable. La terre contaminée est stockée dans de gros sacs plastiques, manipulés avec de simples masques, et des gants. Mais évidemment, cela sert uniquement à montrer que quelque chose est fait. Tepco et le gouvernement savent très bien qu’il est impossible de décontaminer les lieux.

Joyeuse Apocalypse à tous.

GAËLLE CLOAREC
Novembre 2016

1En accès libre sur son site : benoitlabourdette.com/films/kaleidoscopes/la-science-est-elle-immorale

2La morale de la science

Les RISC 2016 ont eu lieu du 19 au 26 novembre à Marseille. La terre abandonnée a remporté le prix du jury long métrage.

Photo : La terre abandonnée, de Gilles Laurent


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