Théâtre d'Arles : lancement de saison dévolu aux nouvelles écritures scéniques

Scène ouverte !Vu par Zibeline

• 5 octobre 2013⇒16 octobre 2013 •
Théâtre d'Arles : lancement de saison dévolu aux nouvelles écritures scéniques - Zibeline

Le théâtre d’Arles a ouvert sa saison avec un temps fort des plus réjouissants, dévolu aux nouvelles écritures scéniques.

Quel pari que celui de débuter sa saison par une telle programmation ! Et quelle émulation au sein du public, curieux, en attente de surprenantes formes assez peu visibles ailleurs…

Les propositions de ce temps fort, en offrant une réflexion sur l’état de notre monde, s’affranchissent souvent des codes de la représentation théâtrale, confrontant les écritures et leur représentation.

Le 5 octobre, le collectif germano-britannique Gob Squad installait sur le plateau du théâtre un aquarium-laboratoire bordé de miroirs sans tain dans lequel sept très jeunes comédiens se laissent scruter par le public. On sent planer l’insouciance de leur jeune âge… démentie dès la première phrase : «En ce moment nous pensons souvent à la mort». Le ton est donné, ces jeunes-là ont des choses à dire. Dirigés par une voix off féminine, et une bande-son pop-rock rafraichissante, ils vont vivre en accéléré, jusqu’à leur mort, une vie parsemée de questionnements, étrange miroir qui renvoie chacun au temps qui n’est pas forcément passé comme on l’aurait rêvé enfant. C’est à la fois bouleversant et réjouissant

Toujours au théâtre, le 8, c’est à une étrange fin des temps que nous invitent les comédiens grecs du Blitz Theatre Group. Nulle joie visible sur le visage de ces trois femmes et trois hommes, nulle émotion, même pas lorsque les couples se forment pour danser une valse, première d’une longue série. Dans Late Night, seul compte le temps présent, empreint de nostalgie, que vivent ces six rescapés d’une guerre qui a décimé l’Europe. Alternant danses et prises de paroles, sans que jamais le mouvement ne s’arrête, chacun égrène et ressasse ses souvenirs, comme pour se persuader qu’une vie, avant, a bien eu lieu, et lui permettre simplement de continuer. Mais il n’est plus temps de regretter, encore moins d’espérer ; et dans un geste de résistance où ne cesse de poindre l’ironie, ils valsent, étourdis d’un rythme qui les tient debout. Tant que durera la musique…

Sans frontières

Dans l’écrin magnifique de l’église des Frères Prêcheurs, l’installation du GdRA a pris toute sa (dé)mesure, du 5 au 9. Initié par le théâtre d’Arles, en complicité avec Le Merlan, et coproduit par MP 2013, Vifs – Un musée de la personne est sans doute le projet plus abouti du GdRA. Ici tout s’entremêle, le métissage entre les arts du spectacle et les sciences sociales donnant lieu à une déambulation (pour commencer) où la vue, l’écoute et le jeu (des capteurs sous certains écrans permettent de modifier l’image) mettent le visiteur/spectateur dans un état d’active participation. Pour questionner les notions d’identité et de territoire, 12 portraits filmés d’Arlésiens et de Marseillais sont projetés sur 12 écrans géants, que l’on écoute casque sur les oreilles : ces 12 témoignages de vie sont autant d’univers qui dessinent un territoire qui n’apparait plus seulement géographique, définissant un nouveau réseau que l’on imagine infini. Pour clore le voyage, musique et trampoline se rejoignent au cœur de l’installation, la voix de Christophe Rulhes résonnant sous les voûtes de l’église, tandis que les corps de Julien Cassier et Olivier Boyer chutent et se relèvent indéfiniment.

DOMINIQUE MARÇON
Octobre 2013

Photo : Vifs-c-Do.M-

Les nouvelles écritures scéniques se sont déroulées du 5 au 16 octobre, au théâtre d’Arles et dans certains lieux de la ville.

Théâtre d’Arles
43 rue Jean Granaud
13200 Arles
04 90 52 51 55
www.theatre-arles.com