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Vu par Zibeline

Le concert du duo Vis à Vies comble le Petit Duc

Savoir écouter les coquillages… et leur préférer la mer

Le concert du duo Vis à Vies comble le Petit Duc - Zibeline

Les deux fins artistes que sont Myriam Daups et Gérard Dahan se retrouvent (enfin) pour un nouvel opus en concert : Quatre saisons ; pas de référence pompeuse à Vivaldi, mais tout simplement l’évocation des quatre années déjà passées, fructueuses, au Petit Duc qu’ils dirigent avec intelligence et tendresse. Ils avaient dû, absorbés par le fonctionnement du lieu et l’aventure prenante de la programmation (entre autres capacités de leur salle atypique qui propose stages, initiations, conférences, résidences…), laisser en sommeil leur duo Vis à Vies. C’est à une joyeuse renaissance que l’on a assisté le 11 mai dernier, dans l’écrin superbement habillé de lumières de la scène du Petit Duc. Myriam Daups, fée mutine, s’agenouille sur un cercle verdoyant, île emplie de magie (un sapato, conçu par Gérard Dahan, « petite planète verte taille 38 » sourit sa comparse) : du bout des doigts, elle fait jaillir le murmure de la mer, le frémissement des arbres, des cris d’oiseaux, la voix du vent… la guitare de Gérard Dahan s’immisce dans ces bruissements de la nature, leur accorde une mélodie, sur laquelle les mots rêveurs tissent leur discrète poésie. « Dans un coquillage/ On entend la mer/ Moi je veux la mer »… Entre les mots et les choses, le rêve et le « vrai », l’imaginé et le vécu, tout un univers poétique oscille, effleurant avec douceur les troubles des âmes et ceux du monde. Ici, celle qui « fait la manche » ne « voit jamais plus haut/ que le haut d’un mollet »… « J’en vois passer des godasses » ! Pas de jugement, de déclaration indignée, le constat en empathie suffit, suggère plutôt qu’affirme, esquisse sans forcer le trait, s’ourle d’espérance… même lorsque la terre est en proie aux prédateurs humains (si peu !), un appel résonne, venu d’Amagonie (contraction d’Amazone et d’agonie) que « les coups des bulldozers » détruisent, ou de Vanuatu, l’île au « sable doré » que les eaux de la fonte inexorable des glaces submerge… L’enfant rétif à l’école, ce cancre à la Prévert qui ne sait que la négation, surpris par l’importance qui lui est accordée, acquiesce, peut-être pour la première fois… On apprend à « marcher contre le vent », contre les déceptions, et l’on aiguise ses propres ailes. Une faim inextinguible du monde, de la beauté des hasards, dessine ses cartes sans frontières où l’humanité prime, dans une appréhension sensible des êtres et des choses. Les notes et les mots s’embrassent passionnément, goulument ; les guitares, la clariflûte, l’appeau, le ukulélé, le violon, le violoncelle, la basse, le cavaquinho, déclinent leurs envolées inspirées, épousent les rythmes les plus variés, s’évadent vers l’Amérique du Sud, font un détour par le Cap Vert (délicieux hommage à Césaria Evora pour laquelle G. Dahan a composé), swinguent, se mélancolisent, rebondissent avec une délicieuse légèreté, jongleurs de sons et de mots aux sens glissants, qui se plaisent à de malicieuses pirouettes. Les chansons de Vis à Vies se mêlent naturellement à celles de ceux qui ont partagé ou croisé leur chemin : emprunt-hommage à Cédrik Boule, ce « pêcheur d’étoiles au cœur tendre », avec Atome, appel sur le plateau à Yann Cleary pour un partage de son délicat I want to go home que viennent animer les oiseaux potaches du sapato… Plus de six cents artistes se sont succédés sur la scène du Petit Duc ces quatre dernières années, et sont évoqués avec émotion. Leur ombre nourrit les deux artistes unis par une complicité qui semble avoir la capacité de tout rendre simple, évident, intimement métissé au monde. Tout devient musique… On s’amuse du succès de la reprise de Paris mode d’emploi (musique de G. Dahan sur des paroles de Paul Ecole) par Christophe Mahé sous un nouveau titre, La Parisienne à laquelle ont juste été ajoutées des « converses blanches », et la version originale se voit interprétée avec une distanciation amusée. Une berceuse ne suffira pas à achever le concert qui multipliera les bis, permettant une jolie démonstration de claquettes de Myriam Daups (aussi au violon, violoncelle, guitare basse et sequor !). Le couple, délaissant les instruments, accompagnera la sortie par un superbe duo (hérité de l’une de leurs collaborations musicales au Mexique) a capella. Dans la nacre du spectacle s’est lové un air de bonheur que chacun emporte.

MARYVONNE COLOMBANI
Mai 2019

Le 11 mai, Petit Duc, Aix-en-Provence

Photographie : Vis à Vies © Fred Lamèche


Le Petit Duc
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13100 Aix-en-Provence
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