Un roman sur l'émigration des Egyptiens, deux ans avant la révolution

Sauve qui peut l’Égypte

Un roman sur l'émigration des Egyptiens, deux ans avant la révolution - Zibeline

Il y a ceux qui en rêvent ; il y a ceux qui l’ont déjà fait ; il y a ceux qui n’y sont pas encore parvenus mais qui gardent l’espoir. En Égypte, dans les années 2000, tout le monde ou presque essaie de quitter le pays. États-Unis, Europe, pays du Golfe, voie autorisée (le mariage par exemple) ou clandestine (les passeurs), tout est bon pour les nombreux candidats à l’émigration. Dans son premier roman Taxi, Khaled Al Khassimi donnait la parole à des chauffeurs de taxis cairotes et l’on sentait déjà le pays au bord de la crise de nerfs. Publié en 2009, soit deux ans avant la révolution, tout récemment traduit de l’arabe et édité en France, L’Arche de Noé se fait l’écho de ceux qui se sentent «perdus au milieu du chaos, du désordre et de la corruption», «bloqués derrière un mur de béton armé de l’époque pharaonique d’où on observe les gens qui vivent de l’autre côté.» Le pays est au bord du gouffre ; une seule échappatoire, l’arche salvatrice de l’exil, dans laquelle il s’agit de réussir à embarquer. Écrit avec la verve des contes arabes, ce roman choral restitue le flux de parcours souvent chaotiques, un peu à la manière de La ronde de Schnitzler. Chaque chapitre porte le nom d’une des 12 voix (celle d’un jeune diplômé sans travail, d’un professeur d’université, d’une doctoresse, d’un passeur…) et relate son histoire. 12 «contes d’exode», que la narratrice qui apparaît en fin de roman a décidé d’écrire afin que le monde connaisse la réalité égyptienne. Afin aussi qu’on comprenne que ce n’est pas de gaîté de cœur qu’on fuit son pays natal.

FRED ROBERT

Novembre 2012

 

 

L’arche de Noé

Khaled Al Khamissi

traduit de l’arabe (Égypte) par Soheir Fahmi en collaboration avec Sarah Siligaris

Actes Sud, 22,80 €

 

L’auteur était invité à Marseille en octobre dans le cadre de la manifestation Regards sur l’Égypte, organisée par la BDP.