Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

Les rois d’Islande : une savoureuse saga d’Einar Már Guðmundsson

Sans trône ni couronne

Les rois d’Islande : une savoureuse saga d’Einar Már Guðmundsson - Zibeline

Einar Már Guðmundsson ouvre son roman par l’arrivée à l’école d’une petite ville islandaise d’un nouveau professeur, « un homme qui ressemblait à un maffioso tout droit sorti d’un film ». C’est Arnfinnur Knudsen, qu’on peut considérer comme le personnage principal de ce roman qui vient d’être traduit en français. Personnage haut en couleurs, tout comme les membres de sa famille, ses amis et ses adversaires. Le narrateur, un ancien élève, campe le décor : un petit port de pêche entouré de champs de lave et occupé par des conserveries de harengs et des séchoirs de morues. Le sujet de son récit : Les Knudsen, une lignée de pêcheurs enrichis, grands buveurs et coureurs de jupons, souvent menteurs, un peu bandits, et leurs femmes qui n’ont pas froid aux yeux. Tout cela sur deux siècles et dans un joyeux désordre, sans aucune chronologie ; les anecdotes se succèdent et, si au début le lecteur s’accroche pour retenir le grand nombre de personnages, leurs fonctions et leurs liens familiaux, il finit par y renoncer pour se laisser promener d’une époque et d’une aventure à l’autre, goûtant leurs cocasseries et leur énormité. Une construction en emboîtement qui donne un peu le vertige, à laquelle on soupçonne l’auteur d’avoir pris beaucoup de plaisir. Avec un narrateur qui intervient régulièrement et mène le jeu de ces marionnettes. Ces descendants des vikings qui se croient de grand lignage ont exercé tous les métiers, ont gagné beaucoup d’argent et occupé des postes politiques sans aucune qualification. Parfois ruinés après avoir trempé dans des trafics louches, ils rebondissent pour la plupart avec panache.

Au passage Guðmundsson règle quelques comptes avec les politiciens de cette république longtemps sous la coupe du Danemark, indépendante seulement depuis 1944. Son humour caustique s’en donne à cœur joie en caricaturant les partis politiques, notamment Le Parti, celui de tous les Knudsen, qui n’a de démocratique que le nom ou en parlant du conflit de la guerre de 39-40 avec désinvolture. Une saga savoureuse, même si on finit par se lasser des rebondissements en chaine de ce récit.

CHRIS BOURGUE
Mars 2018

Les rois d’Islande
Einar Már Guðmundsson, traduction Éric Boury
Éditions Zulma, 21 €