Vu par Zibeline

Sans théâtre

 - Zibeline

Les Anneaux de Saturne sont vraiment indigestes ! Pourtant, Katie Mitchell a du talent. La metteure en scène anglaise sait décaler le théâtre, dramatiser les coulisses, donner à voir les bruits, changer les angles. Kristin l’an dernier, qui faisait voir Mademoiselle Julie par les yeux de la servante (voir Zib43), ou Written on skin au Festival d’Aix cette année, bouleversent l’espace dramaturgique en y incluant un sous-texte, des didascalies, les préparatifs, en donnant à voir de plus près ou par derrière le nœud dramatique, les bruits qu’il génère. Mais dans le roman de il n’y a rien de dramatique. Tout l’espace est poétique, lent, précautionneux, désincarné, introspectif, cérébral. Les superpositions d’époques, la confusion temporelle, les éternels recommencements de fouille et d’ensevelissement sont lassants au bout de quelques minutes à peine, et chaque journée du journal égrène son lot de paysage gris et sablonneux, en allemand projeté incessamment, sur les murs sales et gris : le spectateur, même germanophone, passe son temps à lire, un texte qui s’appesantit dans son verbe. Quant aux acteurs, ils sont réduits strictement au rôle de bruiteurs impassibles… Les coulisses ont gagné la scène, et le théâtre a disparu : on ne peut révéler l’envers que si l’endroit persiste !

AGNES FRESCHEL

Juillet 2012

 

Les Anneaux de Saturne ont été joué au Gymnase Aubanel du 8 au 11 juillet