Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

Pig de Mani Haghighi au Festival Nouv.o.monde

Sans tête

• 8 mars 2019⇒17 mars 2019 •
Pig de Mani Haghighi au Festival Nouv.o.monde  - Zibeline

Avec Sergio et Sergei d’Ernesto Daranas, qui traite de la chute de l’URSS et ses conséquences sur Cuba, le festival de Rousset présentait Pig, sélectionné à la Berlinale en 2018, 7e long-métrage de Mani Haghighi (sorti en 2018), plongé dès sa jeunesse dans le milieu du cinéma. Le réalisateur estime qu’il faut  « un esprit joueur et de l’humour pour faire des bons films » et le prouve dans cette comédie, foisonnante de trouvailles visuelles et truffée de références historiques et cinématographiques.

Tout commence par la découverte dans une rue de Téhéran d’une tête coupée, celle d’un réalisateur célèbre, suivie par celles d’autres cinéastes, encore vivants dans la vraie vie, Ebrahim Hatamikia serviteur du régime, Hamid Nematollah, un nouveau venu, et Rakhshan Bani-Etemad, une opposante. Un tueur en série, qui n’a pas un point de vue politique particulier, mais qui hait le cinéma, les abat l’un après l’autre. Hasan Kasmai, (superbement incarné par Hasan Ma’juni) un metteur en scène à la barbe noire ,aux tee-shirts colorés à la gloire de groupes de hard rock, censuré par le régime et obligé à tourner des pubs, est épargné. Serait-il un cinéaste has been ? De plus, la femme qu’il aime, son actrice fétiche Shiva Mohajer (Leila Hatami) se détourne de lui et va tourner avec un autre réalisateur qu’il méprise. Que faire pour que de nouveau on s’intéresse à lui ? Découragé -mais pas abattu !- c’est auprès de sa mère (Mina Jafarzadeh) qu’il trouve réconfort et un soutien d’autant efficace qu’elle n’hésite pas, pour défendre son « bébé », à manier le fusil de Sattar Khan, un héros national, du moins le prétend-elle. On va suivre tout au long du film les tentatives d’Hasan Kasmai pour récupérer la belle Shiva ; c’est d’autant plus compliqué que les réseaux sociaux, véritables tribunaux populaires, le prennent pour cible et que les caméras vidéo le montrent s’introduisant subrepticement dans l’appartement de son rival, qui vient de se faire décapiter. Défiguré par une piqure de guêpe, il est arrêté et sa nuit en prison donne lieu à des visions surnaturelles où une raquette de tennis devient guitare électrique et la cellule une salle de concert punk. Pig, mise en abime grinçante sur le cinéma iranien, décrit aussi, avec beaucoup de couleurs et d’inventions visuelles, la noirceur d’une société étouffant et bâillonnant ceux qui pensent et parlent au grand jour. Car sans tête, qui sommes-nous ?

Annie Gava
Avril 2019

Pig de Mani Haghighi a été présenté le 17 mars dans la salle Emilien Ventre de Rousset en présence de Sylvia Vaudano, directrice de Nouv.o.monde, et de Fahime Ghorbani et Mojtaba Rouhandeh, spécialistes de littérature, linguistique et cinéma persans.


Salle Emilien Ventre
Boulevard de la Cairanne
13790 Rousset
04 42 29 00 10
http://www.rousset-fr.com/