Le Trésor de Corneliu Porumboiu, un Robin des bois à la roumaine

Sans stress, sans strassVu par Zibeline

• 21 mai 2015 •
 Le Trésor de Corneliu Porumboiu, un Robin des bois à la roumaine - Zibeline

Sans stress, sans strass,  se déroulant dans le superbe site du Château des mineurs, à Mandelieu la Napoule, à une heure de bus de la Croisette,Visions Sociales est une manifestation qui connaît un succès grandissant, bien mérité. Marrainée par Corinne Masiero (l’inoubliable Louise Wimmer de Cyril Mennegun), la 13ème  édition de ce festival de cinéma du CCAS proposait, à côté de sa programmation thématique sur les cinémas du Moyen Orient, une sélection internationale de films d’auteurs et six œuvres retenues dans les diverses sections de la grande manifestation cannoise.

Le jeudi 21 mai, une salle comble découvrait ainsi Le Trésor, dernier film de Corneliu Porumboiu. Le réalisateur, caméra d’or en 2006 pour son décapant premier long métrage sur la Révolution roumaine, 12h08 à l’est de Bucarest et prix du Jury en 2009 pour Policier, adjectif, dans la section Un certain regard, recevait deux jours plus tard, dans cette même section, le Prix Un certain talent des mains d’Isabella Rossellini. Fable d’une Roumanie postrévolutionnaire, qui traîne son Histoire, la fuit ou la retrouve au fond des trous. Une Roumanie où la classe moyenne, endettée, renoue avec la grande tradition de la débrouille parfois loufoque pour se sortir de situations difficiles mais dans laquelle on peut encore rêver de Robin des Bois, croire à l’entraide, au partage et à la possibilité de transmettre ces valeurs aux générations futures. Le scénario «based on a true story», met en scène deux voisins partis à la recherche d’un trésor caché dans le jardin d’une propriété familiale, autrefois réquisitionnée par les communistes, dans un village, à une heure de Bucarest, qui a vu passer les maîtres successifs du pays. Légende familiale qui nécessite une mise de fonds pour être vérifiée. L’aventure commence dans un embouteillage, le GPS en guide suprême, se poursuit avec la quête d’un détecteur de métaux, puis à coups de pelle de plus en plus rageuses, plusieurs mètres sous terre, fait une étape dans un commissariat de police avec un crocheteur de serrures pour finir dans l’aire de jeux d’un jardin public. La caméra s’élève alors s’arrêtant sur un soleil qui annule la grisaille du ciel et les doutes de l’enfant sur la fiabilité de son père. Comme toujours chez ce cinéaste, les dialogues absurdes, décalés, la tendre dérision sans cynisme et l’intelligence cinématographique prévalent. Le trésor nous parle de l’Histoire et des histoires, de la réalité et des mythes, de la famille et de l’héritage. C’est un film doux, en demi-teintes, profondément humain, où les bleu-gris se givrent pour mieux s’éclairer et où les bruns s’affadissent pour mieux se dorer.

ELISE PADOVANI
Mai 2015

photo : (c) Le Pacte

Visions Sociales Domaine Agecroft, 318 av. du capitaine de Corvette March, Mandelieu-La Napoule