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Artorama et Paréidolie au J1 : derniers signaux culturels du vaisseau marseillais ?

Salons de Marseille

Artorama et Paréidolie au J1 : derniers signaux culturels du vaisseau marseillais ? - Zibeline

Depuis cinq ans, quand survient dans Marseille la rentrée de l’art contemporain, la même impression se répète : on quitte généralement Artorama avec des sentiments mitigés, avec le vif regret des temps pionniers initiés par Roger Pailhas : la première édition d’Art Dealers, ancêtre d’Artorama, c’était en 1997*. Tandis qu’avec ses dimensions modestes et sa thématique beaucoup plus stimulante, Paréidolie, Salon international du dessin, suscite découvertes et réflexions.

Cette année, la donne était considérablement modifiée : les deux Salons, qui fonctionnent d’ordinaire dans leur pré carré, cohabitaient entre mer et ciel, à l’intérieur du J1, qui accueille des manifestations culturelles depuis Marseille Provence 2013. Un lieu à ce point magique ne peut pas provoquer la mauvaise humeur, on était donc prêt à changer d’avis. Malheureusement, les mêmes causes produisirent les mêmes effets. Chez Artorama, en dépit de bonnes surprises, il faut constamment séparer le bon grain et l’ivraie. Par contre, chez Paréidolie, on devient acheteur potentiel, on repasse deux ou trois fois dans les stands.

Tout de même, un point positif chez Artorama : assez curieusement, les marchandises internationales peuvent favoriser l’émergence des artistes en région. Les galeries parisiennes, anglaises, allemandes ou bien espagnoles présentent du conceptuel, des installations, de la peinture sans qualité, ou bien de la céramique kitsch. Dans les marges de ce Salon, on est convié à des showrooms, comme celui de Gillian Brett, artiste née en 1990. Elle a passé son diplôme à la Villa Arson, elle habite Marseille : dans des lumières de clips de fêtes foraines, elle façonne des petites sculptures concassées, des fragments de galaxies, les résines d’un présentoir qui découpe des débris de viande kebab. Plus loin, on aperçoit les choix du producteur Art plus qui orchestre de précieuses aides à la création : une autre Marseillaise, la photographe Marie Bovo, sillonne grâce au soutien des Compagnies Fruitières les paysages du Ghana et du Sénégal, et Delphine Wibaux, ancienne étudiante de l’École Supérieure d’Arts et de Design Marseille-Méditerranée qui vit à Simiane-la-Rotonde ; ses transferts et ses clichés effectués au télescope feront l’objet d’une monographie éditée par Artorama, avec un texte de Jean-Christophe Bailly. De même, dans la section où étaient réunis des éléments du paysage institutionnel régional, à côté des stands du Cirva et de la Villa Noailles, voici les acquisitions récentes du Fonds communal d’art contemporain de Marseille : entre autres, un graphite sur papier de Jean-Jacques Horvat et des moulages d’Hugo Schiavi, auparavant aperçus à la Double V Gallery de la rue Rostand.

Incertain avenir

Chez Paréidolie, on ne pouvait pas esquisser une hiérarchie, les préférences et les rebondissements étaient multiples. Pêle-mêle, on a retenu les encres de Chine de Marc Couturier présentés par la Galerie Laurent Godin, Michel Nedjar et Marilena Pelosi vus chez Christian Berst Art Brut, les petits formats rassemblés par Alain Gutharc, une programmation de films réalisés par les étudiants du studio du Fresnoy. Après les récentes expositions du Frac Paca et de la Friche de la Belle de Mai, on était heureux d’apercevoir chez Bernard Jordan les sérigraphies et les projets de Carlos Kusnir.

Reste à évoquer un gravissime problème. Que deviendra le très vétuste et pourtant fascinant J1, temporairement loué par la Ville de Marseille ? La rumeur qui court est désolante, les appels d’offres lancés par le Port autonome sont consternants. Aux côtés du Mucem et d’une réplique de la Grotte Cosquer prochainement hébergée par la Villa Méditerranée, on parle d’un énorme aquarium, d’une gigantesque boîte de nuit ou bien d’un hôtel quatre étoiles. Ce serait un immense gâchis.

ALAIN PAIRE
Septembre 2018

Photo : Sculpture assemblage d’Ugo Schiavi, Sampling 2, Collection Fonds Communal d’Art Contemporain Marseille Crédits photo : Ugo Schiavi

*directeur actuel : Jérôme Pantalacci

Artorama et Paréidolie ont eu lieu du 31 août au 2 septembre au J1 à Marseille.

Voir vidéos et entretien radio présentant Paréidolie.