Retour sur la dixième édition de La Folle Criée, dédiée à la musique russe

Russie à la folieVu par Zibeline

Retour sur la dixième édition de La Folle Criée, dédiée à la musique russe - Zibeline

Comme chaque année, le week-end de La Folle Criée semble s’être écoulé en quelques heures. Si l’on n’aurait rien ôté ou presque des dix-sept pièces de Rachmaninov, des sept pièces de Tchaïkovsky ou des deux opus de Moussorgsky programmés, on pouvait notamment regretter que Prokofiev ne se voie ici gratifié que de la pourtant sublime Sonate pour violon et piano n°2, interprétée à la perfection par Thomas Lefort et Andreï Korobeinikov. Ce concert donné le 4 décembre en début d’après-midi fut en effet renversant : l’instinct mélodique de Prokofiev, fort d’une fougue et surtout d’une fantaisie à toute épreuve, succédant à l’élégance et au lyrisme généreux de Tchaïkovsky, dont la célèbre Valse Sentimentale sait si bien pincer le cœur. Avant que l’héroïsme de Moussorgsky et de son Gopak endiablé ne vienne rehausser le tout d’une tonalité moins mélancolique. Français (ou du moins parisien) d’adoption, Stravinsky ne fera malheureusement l’objet d’aucun récital. Choix qui s’explique cependant moins que l’absence, à l’exception de ses Douze préludes opus 34, de l’immense Chostakovitch. Le récital de Plamena Mangova, aussi audacieux qu’inattaquable sur le plan de l’interprétation, avait cependant de quoi consoler ses amateurs : outre la pièce maîtresse de Chostakovitch, ils purent entendre, entre autres, la renversante Chaconne de Gubaidulina et l’Humoresque de Schedrine. Une splendeur, acclamée vivement par un auditoire fidèle le dimanche 5 décembre.

Donné juste avant celui de Plamena Mangova, le récital de Philippe Giusiano portait quant à lui uniquement sur Rachmaninov : sur ses Études-Tableaux, ses Moments Musicaux et sa Sonate n°2. Le pianiste marseillais ayant consacré une grande partie de sa carrière et de nombreux enregistrements au compositeur, on ne peut que constater, au fil de ce concert constitué quasi uniquement de pistes noires redoutées de tous, une maîtrise sans faille de l’exécution. Côté interprétation, c’est ici une douceur mâtinée de pudeur qui prime.

Andrei Korobeinikov © Irene Zandel

Donné le soir du 4 décembre, le récital d’Andreï Korobeinikov remporta tous les suffrages. Sur les Dix Préludes opus 23 de Rachmaninov comme sur Les Saisons de Tchaïkovsky, l’interprétation, forte d’un sens consommé de l’endurance, rend chaque plan, chaque mélodie et chaque thème incandescent.

Entendus sur des récitals solistes conséquents, les pianistes furent également sollicités sur des pages chambristes tout aussi exigeantes. Le Trio pour cordes et piano opus 50 de Tchaïkovsky réunit ainsi Plamena Mangova, Dmitri Makhtin au violon et Ivan Karizna au violoncelle, pour un résultat ébouriffant de lyrisme. Andreï Korobeinikov prêta pour sa part main-forte à Ivan Karizna sur la célèbre Vocalise de Rachmaninov et sur sa Sonate opus 19. Tendre et charmant, le récital de la soprano Iryna Kyshliaruk et de la pianiste Yun-Ho Chen fit la part belle à Rimsky-Korsakov ainsi qu’à l’Étude opus 2 n°1 de Scriabine, interprétés avec un même goût de l’histoire et de la narrativité. On put enfin compter sur le Kedroff Balalaïka Trio pour rendre chaque pause de midi plus enjouée dans le Hall du Théâtre, avant de se consacrer à un concert de fermeture charmant. Les chants traditionnels résonnèrent ici au son taquin et fougueux des balalaïkas de Nicolas Kedroff et Tatiana Derevitzki et de la guitare d’Oleg Ponomarenko. De quoi quitter la Criée avec un furieux désir de danser !

SUZANNE CANESSA
Décembre 2021

La Folle Criée s’est tenue les 4 et 5 décembre à La Criée, Marseille

Photos
Plamena Mangova © Marco Borggreve
Andrei Korobeinikov © Irene Zandel

La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
http://www.theatre-lacriee.com/