Moïse et Pharaon, un opéra rarement joué, beau succès à l'Opéra de Marseille

Rossini sauvé des eaux !Vu par Zibeline

• 11 novembre 2014, 13 novembre 2014⇒14 novembre 2014, 16 novembre 2014 •
Moïse et Pharaon, un opéra rarement joué, beau succès à l'Opéra de Marseille - Zibeline

C’est un mur de musiciens qui se dresse devant nous : les solistes au premier plan, dans leur dos, l’Orchestre et les Chœurs de l’Opéra de Marseille ! Ensemble, ils donnent un opéra de Rossini, méconnu aujourd’hui, jamais donné à Marseille depuis sa création parisienne en 1827 : Moïse et Pharaon. Ceux qui rechignent aux versions concertantes des opéras râlent un peu : c’est qu’on aime assister, dans la grande salle phocéenne, à des spectacles « totaux », avec décors, costumes, effets scéniques… Cependant, le 8 novembre, les réserves tombent vite, car l’œuvre de l’auteur du Barbier de Séville se prête à souhait à l’exercice.

En effet, l’opus, chanté en français, composé juste avant ses ultimes opéras que furent Le Comte Ory et Guillaume Tell, s’apparente à un oratorio biblique, genre qui se chante d’ordinaire sans représentation scénique, avec sa place prépondérante donnée aux chœurs et une dramaturgie originelle plutôt « statiques ». On suit, sans rien en perdre, l’histoire de la libération des Hébreux, mâtinée à la sauce romantique d’une intrigue amoureuse, et l’imagination pallie volontiers l’absence de scénographie pour les images fantastiques de la Mer Rouge ou des plaies d’Égypte (ténèbres, sauterelles, Nil ensanglanté…). De plus, les airs et duos adoptant des tournures belcantistes, on goûte volontiers au « beau chant » maîtrisé avec élégance, puissance et virtuosité, par un plateau vocal très homogène.

Les deux rôles-titre Moïse (Ildar Abdrazarov) et Pharaon (Jean-François Lapointe) dialoguent en miroir dans des registres graves et ont, pour partenaire de luxe, l’excellente basse française Nicolas Courjal. Coté féminin, c’est la toujours brillante Annick Massis qui tutoie les hauteurs et contraste avec la vigueur héroïque de Sonia Ganassi (remplaçant avec bonheur la diva Mariella Devia souffrante). D’agiles ténors, Julien Dran, Philippe Talbot, le tout jeune Rémy Mathieu, ou la belle mezzo Lucie Roche prouvent, s’il est besoin, que l’école de chant français a encore de beaux jours devant elle !

On loue enfin le beau travail réalisé par les choristes de l’Opéra et le chef Pierre Iodice, comme la direction admirable de Paolo Arrivabeni, tenant d’une baguette sûre tout ce beau monde, dans des récitatifs et airs savamment équilibrés, laissant le chant s’envoler en liberté, et faisant preuve d’une maestria rare dans la difficile mise en place des grandes pages chorales.

Encore un beau succès parmi les belles (re)découvertes à l’Opéra de Marseille du fameux trio de compositeurs belcantistes (Donizetti, Bellini, Rossini), initiées par Maurice Xiberras, dans la veine de Roberto Devereux (2011), Poliuto (2012) et La Straniera (2013) !

JACQUES FRESCHEL
Novembre 2014

Moïse et Pharaon. A voir à l’Opéra de Marseille les 11, 14 nov à 20h et le 16 nov à 14h30.

04 91 55 11 10 : 01 91 55 20 43 – http://opera.marseille.fr

En complément à l’œuvre de Rossini, l’Opéra de Marseille, en collaboration avec l’ensemble Concerto Soave, exhument Mosè un oratorio baroque de Giovanni Paolo Colonna à l’église Saint-Michel, le jeudi 13 novembre à 20h30 (entrée libre sans réservation).

Voir https://www.journalzibeline.fr//programme/mose-de-giovanni-paolo-colonna

Photo : Christian Dresse

 

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