Sepideh Farsi était au Gyptis pour présenter Red rose, un film courageux sur l'Iran.

Rose rouge et Vague verte

• 17 janvier 2016 •
Sepideh Farsi était au Gyptis pour présenter Red rose, un film courageux sur l'Iran. - Zibeline

Le cinéma iranien aime les huis clos. Qu’on songe à Taxi Téhéran ou Ceci n’est pas un film de Jafar Panahi ou encore Iranien de Mehran Tamadon. Ce dispositif se révèle efficace pour se jouer de la censure, dramatiser une situation, ou encore la circonscrire chirurgicalement. Un champ opératoire pour une caméra dissectrice. Dans Red rose de Sepideh Farsi, projeté au cinéma Gyptis le 17 janvier en présence de la réalisatrice ( v. interview), ce champ est un appartement au cœur de Téhéran. On est en 2009. En réaction à la réélection du «guide suprême» Mahmoud Ahmadinejad, naît la «Vague verte». D’énormes manifestations portées surtout par les jeunes et les femmes déferlent pendant des mois pour réclamer plus de démocratie, réprimées par les bassidji, captées en direct par les smartphones et relayées dans le monde entier par les tweets et les réseaux sociaux. Cet espace public chaotique représenté à l’écran grâce au montage virtuose des archives récoltées par la réalisatrice sur Youtube, s’échoue sur l’îlot de l’espace personnel d’Ali ( Vassilis Koukalani), un intellectuel quinquagénaire, désabusé, prêt à rejoindre sa femme et sa fille déjà exilées au Canada. L’intrusion chez lui de manifestants poursuivis par les sbires du pouvoir et de Sara, une jeune révolutionnaire aux yeux terriblement bleus (Mina Kavani) va faire exploser ce cocon clos.

Le film joue dès lors sur la contamination des espaces, côté fenêtre, ouverte ou occultée, côté porte avec des visiteurs qui marquent les étapes de la transformation d’Ali. Film de rencontres. Celle sexuelle, de hasard et de nécessité comme toute rencontre, amoureuse peut-être, entre un homme mûr et une jeune femme. Celle de deux générations de révoltés, ceux qui croyaient pouvoir changer le monde et ceux qui demandent juste à vivre leur vie. Celle du présent et du passé traînant ses casseroles de lâchetés et de compromis. Celle entre des images documentaires à vif dans le chaos du réel et des images construites de la fiction. Expression pertinente, tangible de la tension entre espoir et désespoir. En outre, on ne peut qu’être amoureux des Iraniennes, non seulement pour leur beauté mais aussi pour leur énergie, leur ténacité incarnées par l’actrice principale et par la réalisatrice qui cumule ici comme le rappelait Juliette Grimont en introduisant la séance, les deux motifs qui poussent les censeurs à interdire un film : le sexe et la politique.

N’ayez pas trop de regrets si vous avez raté la projection, un Dvd sort en mars 2016.

ELISE PADOVANI

Janvier 2016

Ecouter l’interview de Sepideh Farsi sur WRZ ici

© Urban distribution

Cinéma Le Gyptis
136 rue Loubon
13003 Marseille
04 95 04 95 95
www.lafriche.org