Conversation de haut vol entre David Grimal, Anne Gastinel et Philippe Cassard

Roque en chambreVu par Zibeline

Conversation de haut vol entre David Grimal, Anne Gastinel et Philippe Cassard - Zibeline

L’avant dernier soir du Festival International de piano de La Roque d’Anthéron invitait un trio d’exception qui réunissait le violon de David Grimal, le violoncelle d’Anne Gastinel et le piano de Philippe Cassard, complices depuis quelques quinze ans, pour interpréter deux œuvres de Beethoven (deux cent cinquantième anniversaire certes, mais surtout, bonheur de retrouver un compositeur dans les plus belles pièces sans doute écrites pour cette formation, et présentation du CD que ces trois artistes leur consacrent, récemment sorti chez Dolce Volta).
En première partie de concert, le Trio pour piano et cordes en ré majeur opus 70 n°1, Les Esprits (Geister-Trio) déployait ses trois mouvements avec une expressive profondeur. Les trois solistes se glissent en un équilibre parfait dans cette partition qui arpente tous les registres : aucun instrument ne cherche à dominer, mais chacun s’accorde en une fluide intelligence aux autres, dans une écoute sensible qui permet une conversation animée et spirituelle où parfois se déverse un foisonnement d’émotions. Canons, échos, leitmotive circulent avec aisance, en une clarté qui rend chaque mouvement évident à l’auditeur. Le « Largo assai e espressivo » enjoint à un retour sur soi, la pensée se concentre, méditative, puis le piano se livre à une descente vertigineuse et sombre qu’allègent les cordes, aériennes… l’orage menace, les premières gouttes d’eau tombent, la légèreté du violon, soutenu par le violoncelle, apaise la violence contenue et la meut en une sourde inquiétude. La Symphonie Pastorale n’est pas loin ! Le Presto emporte les tensions et s’affirme dans un brillant pailleté qui conquiert l’assistance.

Le Trio à l’Archiduc, dédié à l’Archiduc Rodolphe (qui fut l’élève de Beethoven), plus jeune fils de l’empereur Léopold II d’Autriche, sans doute le plus célèbre des trios beethovéniens, décline en quatre mouvements sa virtuosité. Toutes les figures de style y trouvent leur place, au service d’un propos qui se joue des registres, ici, grandiose grandiloquence, là, retenue en épure… Les trois musiciens nous montrent un Beethoven bouleversant d’humanité, espiègle parfois, emporté, lyrique, capable de frottements, de ruptures franches, de revirements brusques, avec ses variations sublimes, sa palette moirée, le tout emporté par la subtile et limpide approche des interprètes.

David Grimal s’adresse aux spectateurs qui les ovationnent : « Je voudrais vous dire à quel point nous sommes heureux d’être là ce soir, à l’heure où la nature nous écoute. En bis, voici l’un de nos trios préférés, et il y en a beaucoup chez Schubert, son Allegretto ma non troppo du trio n° 6 opus 70 en mi bémol majeur. » Délices !

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2020

Concert donné le 20 août à l’auditorium du Parc de Florans, dans le cadre du Festival International de piano de La Roque d’Anthéron

Photographie : Cassard, Grimal, Gastinel © Christophe Gremiot