Critique: Le chemin de croix de Nsaku Ne Vunda sous la plume de Wilfried N’Sondé
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Le chemin de croix de Nsaku Ne Vunda sous la plume de Wilfried N’Sondé

Rome ou les chemins de la sainteté

Le chemin de croix de Nsaku Ne Vunda sous la plume de Wilfried N’Sondé - Zibeline

Un buste de marbre noir rappelle son souvenir dans la Basilique Sainte-Marie-Majeure, où il repose : Nsaku Ne Vunda. C’est ce buste qui raconte, quatre cents ans après la mort de son modèle, l’histoire de ce personnage historique au parcours étonnant. Né sur les rives du fleuve Kongo, dont le royaume doit sa fondation à neuf femmes, vers 1583, vite orphelin, il sera ordonné prêtre, baptisé du nom de Dom Antonio Manuel, et sera chargé par le roi des Bakongos, Álvaro II, d’une mission diplomatique auprès du Pape Clément VIII, officiellement pour représenter le Kongo à la cour papale, officieusement pour informer le Pontife de « l’existence des ignobles trafics » d’êtres humains pratiqués par les pays d’Europe et plaider auprès de lui pour que l’esclavage soit aboli… demande à laquelle son destinataire ne pouvait être que sensible puisque « le christianisme considérait les hommes égaux devant Dieu ». De nombreuses embûches vont jalonner le voyage. Le bateau sur lequel il embarque est chargé d’esclaves pour le nouveau monde… Privilégié, puisqu’une cabine lui est réservée, Nsaku Ne Vunda voit les conditions terribles infligées aux prisonniers destinés à l’esclavage. « Mon chemin vers Rome débutait dans l’horreur »… Collusion effrayante entre marchands locaux et européens pour un commerce triangulaire atroce… L’itinéraire va connaître de nombreuses tribulations, tempête, assaut par des pirates, emprisonnement dans les geôles de l’inquisition… Tout est passé au filtre de la sensibilité bouleversante du jeune prélat, qui se refuse à toute haine, malgré les exactions supportées, les injustices, les étroitesses, les idées reçues… Le style de Wilfried N’Sondé dans ce roman captivant, Un océan, deux mers, trois continents, sait épouser les moindres remuements d’une âme avec une poignante justesse, et nous donne à percevoir la complexité d’un monde que l’on compartimente trop souvent dans nos approches historiques ethno-centrées. Ici, en court volume, est rendue lisible la naissance des lois du commerce international, qui se moquent bien du rêve de Nsaku Ne Vunda : songe d’un lieu où « tous les humains (…) se retrouveraient dans une même fraternité »… On a alors envie de croire en la force des utopies !

MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2018

Un océan, deux mers, trois continents
Wilfried N’Sondé
Éditions Actes Sud, 20 €