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Mario Vargas Llosa, invité des Ecritures Croisées, revient auréolé du Nobel à la Fête du livre d'Aix

Romantisme contemporain

• 17 octobre 2014⇒19 octobre 2014 •
Mario Vargas Llosa, invité des Ecritures Croisées, revient auréolé du Nobel à la Fête du livre d'Aix - Zibeline

Invité une seconde fois par les Ecritures croisées, Mario Vargas Llosa revient à Aix auréolé du Nobel. Les divers entretiens et tables rondes cherchent à cerner cet écrivain si complexe.

«Il ne faut pas essayer de définir un homme dans une phrase, une seule idée… on est tellement de choses en même temps !» On laissera donc de côté l’homme politique pour se focaliser sur l’écrivain, moins contestable ! Présenté par Gérard Meudal avec pertinence, admirateur de Camus, «ce libertaire libéral», déclare qu«on ne peut pas écarter la morale de la politique, les séparer mène à la brutalité, la corruption, au despotisme».
L’écrivain revient d’abord sur son histoire : «C’est par la reconnaissance de l’Europe que les auteurs ont été appréciés en Amérique du Sud… quand je vivais au Pérou, je pensais que si je voulais être écrivain, il fallait vivre à Paris. J’avais l’impression que l’air que l’on respirait à Paris vous contaminait. On lisait Sartre, Camus, Merleau-Ponty…» Vargas Llosa rappelle sa fascination pour Alexandre Dumas, Victor Hugo. «Le premier livre acheté à Paris, Madame Bovary, m’a fait découvrir l’écrivain que je voulais être, réaliste (en ce sens d’une réalité vérifiable par l’expérience) avec une écriture précise, qui cherche la beauté à travers la langue, sans s’éloigner du réel. Une bonne histoire ne suffit pas. La vérité et le mensonge dans le roman ne dépendent pas de la confrontation entre la vérité et la fiction : si vous dites que la terre est ronde, mais si vous n’êtes pas persuasif, ce sera faux !»
La prose doit donc être la plus apte possible à rendre l’histoire «persuasive». Mais il faut encore organiser l’histoire. «Je dois tout à la lecture de Faulkner. Ses histoires entrechoquent la structure temporelle. La structure devient créative, une histoire banale devient mystérieuse, profonde, symbole de la condition humaine». Lors de la table ronde animée par Daniel Lefort, l’écrivain revient sur ce problème de la structure de l’œuvre. La technique est fondamentale pour la réussite d’un roman, deux questions se posent : qui va raconter l’histoire et on peut inventer des dizaines de narrateurs, et quel sera le temps de la narration. La chronologie du récit n’est jamais celle dans laquelle nous sommes, vous avez la liberté d’inventer un système temporel dont le seul impératif est de rester cohérent.
Ina Salazar évoque la création stylistique du Paradis – un peu plus loin, le monologue intérieur à deux voix. «C’est comme si on se parlait à soi-même, de plus, la 2e personne a l’avantage d’introduire dans le monologue une incertitude qui sous-tend la progression du roman et garde le lecteur en haleine». Et lorsqu’on demande à Mario Vargas Llosa ce qui fait qu’un personnage est romanesque, il répond : «Ce sont des personnages qui osent aller à contre-courant, capables par conviction de se révolter, qui n’acceptent pas d’abdiquer». Cependant ces personnages ne sont pas des vecteurs de sa pensée, les essais ou les articles sont faits pour ça, souligne-t-il.
Il rend aussi hommage à son traducteur, Albert Bensoussan, qui accomplit son travail de traduction avec un tel «amour qu’il fait ça comme un véritable créateur !». Et la poésie ? Exercice littéraire le plus noble, mais «qui ne souffre rien sinon l’excellence… c’est pourquoi je l’ai abandonnée, et en reste un fidèle lecteur !».
Autre écrivain présent aux côtés de Vargas Llosa, Vassili Vassilikos évoque l’utopie : «Sans elle, souligne-t-il, la société ne peut pas aller en avant.» Il évoque les conditions de la création, «pas de parthénogenèse, pas d’inspiration venue du néant… J’ai publié cent livres, chacun est le fruit de la lecture d’un livre.» Avec humour, «l’homme au chapeau», célèbre dans toute la Grèce, raconte la schizophrénie grecque qui vient du double langage avec les doublets grec ancien/langue démotique. S’inscrivant contre les écoles qui apprendraient à devenir écrivain, il rappelle que l’on comprend la structure de la narration en écrivant. Les lectures d’Anne Le Ny, Anne Alvaro, Alain Simon complètent par leur force musicale ces portraits.

MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2014

La Fête du Livre s’est déroulée du 17 au 19 octobre, à Aix-en-Provence

photo : Mario Vargas Llosa© Fiorella Battistini


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