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Le dernier fleuve, récit de vie et de mort d'Hélène Frappat chez Actes Sud

Roman fleuve

Le dernier fleuve, récit de vie et de mort d'Hélène Frappat chez Actes Sud - Zibeline

Le personnage principal du dernier livre d’Hélène Frappat est-il le fleuve, celui qui mène à l’inconnu de la mer ? Au centre du récit, il écoute, il guide, il protège, même si ses méandres peuvent se montrer dangereux. C’est lui qui garde toute la mémoire du monde. Son parfum jaune, ses couleurs qui vont du gris, au bleu et au violet, ses frondaisons, ses habitants aquatiques occupent en permanence l’espace imaginaire où vit une famille d’étranges habitants semblant sortis de la préhistoire, une vieille et sa poule, une belle dame et son nourrisson. Une sorcière et une fée, donc, mais aussi une horde sauvage qui détruit la forêt et d’autres êtres cachés dans des falaises. Les éléments essentiels d’un conte ne semblent-ils pas réunis ? Un conte ancré dans le passé des origines avec sa nature exubérante peuplée de toutes sortes d’animaux et ses eaux fructueuses. Le récit commence quand Mo et son petit frère, Jo, arrivent sur les rives du fleuve après une marche que l’on devine harassante. On ne sait d’où ils viennent, ni qui ils sont. Peut-être des rescapés d’un cataclysme ou d’une guerre. Ils s’installent dans une grange et découvrent peu à peu le fleuve et son île, rencontrent la vieille et la belle dame. Et surtout Sans Nom, la petite fille qui vit sur une barque et leur apprendra le nom des plantes qui guérissent et nourrissent, et celui des poissons qu’elle pêche. Elle se choisira d’ailleurs un nom de poisson, Vive. Tous les trois s’apprivoisent et vont à l’école de la belle dame pour apprendre les mots, les chiffres et la confection du pain.

Hélène Frappat nous offre un récit de vie et de mort. La mort des poissons pêchés, des arbres abattus, les cadavres engloutis dans les eaux du fleuve aux « milliards d’yeux à travers lesquels le fleuve voit. ». Et la vie de trois enfants qui devront se construire un futur incertain à l’embouchure du fleuve, vers le large. Roman lent et luxuriant qui glorifie la nature sauvage et, sans le dire, nous met en garde contre ceux qui ne la respectent pas.

CHRIS BOURGUE
Janvier 2018

Le dernier fleuve
Hélène Frappat
Actes Sud, 20 €