Amazonia, presque roman de Patrick Deville, aux éditions du Seuil

Roman fleuve

Amazonia, presque roman de Patrick Deville, aux  éditions du Seuil - Zibeline

« Quelle que soit l’embarcation, navire ou barcasse, pirogue ou sampan, il me semblait vivre mieux sur quelque chose qui flotte », écrit Patrick Deville au début d’Amazonia. Alors bienvenue à bord d’un texte étrange et envoûtant, pour une navigation dans l’espace mais aussi (et surtout ?) dans le temps. Le principe en est le récit d’une remontée de l’Amazone, d’est en ouest, de Belém sur l’Atlantique à Santa Elena sur le Pacifique. Une traversée du sous-continent latino-américain que le narrateur, passionné d’histoires de paternité et de filiation, de successions et d’écarts, entreprend avec son fils Pierre pour « reprendre cette chaîne des pères et des fils ».

Est-ce un récit de voyage ? Une autobiographie ? La couverture annonce un « roman », ce que le texte, fourmillant de dates, de références, de descriptions de lieux et d’espèces, de biographies de personnages célèbres, semble réfuter. Il y a pourtant bien une dimension romanesque dans Amazonia puisqu’« on peut imaginer ces milliers de rivières qui, depuis les deux hémisphères, se rejoignent dans le lit du fleuve quelques degrés sous l’Equateur comme des milliers d’histoires ». Au lecteur d’accepter de se couler dans les méandres du récit comme dans ceux du fleuve et de ses affluents. Car au voyage actuel se mêlent les nombreux vagabondages antérieurs de l’écrivain voyageur, avec leur lot de rencontres, d’anecdotes et de souvenirs, et aussi les périples de tous les autres personnages dont il évoque le destin. Hommes de lettres et savants, explorateurs, aventuriers, cangaceiros et grands libérateurs, ils sont nombreux à prendre place dans ce foisonnant récit qui remonte parfois aux prémices de la colonisation.

Un récit vif, « à sauts et à gambades » (le narrateur a d’ailleurs emporté comme viatique une édition complète des Essais de Montaigne), d’un bref chapitre à l’autre, d’une histoire à la suivante comme par association d’idées. Et puis il y a la magie des noms – Manaus, Guayaquil…- , le charme puissant des arbres immenses et des grands fleuves, que Deville communique admirablement, comme il transmet ses inquiétudes face à la disparition de certaines espèces, à la déforestation… Une réflexion on ne peut plus actuelle à l’heure où brûle la forêt amazonienne.

FRED ROBERT
Septembre 2019

Amazonia
Patrick Deville
éditions du Seuil, 19 €

Patrick Deville sera présent aux prochaines Correspondances de Manosque.