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Retour sur la rencontre avec la bédéiste libanaise Zeina Abirached pour le roman-feuilleton du 31 mars au J1

Roman-feuilleton, troisième

Retour sur la rencontre avec la bédéiste libanaise Zeina Abirached pour le roman-feuilleton du 31 mars au J1 - Zibeline

C’est encore une femme qui a œuvré le mois dernier, ajoutant un très graphique troisième épisode aux Mystères de la Capitale, le roman-feuilleton publié chaque vendredi dans La Marseillaise depuis le début de l’année 2013. Après Maylis de Kérangal et Jakuta Alikavasovic, Zeina Abirached était donc invitée au J1, afin d’évoquer sa résidence à Aix et plus généralement son travail. Répondant aux questions d’un amateur passionné, Boris Henry, la jeune bédéiste libanaise, qui dit avoir appris le français dans les bulles de BD, a déclaré s’être lancée «sans préméditation» dans ce mode de narration qui s’est imposé à elle au début des années 2000, lorsqu’elle a senti l’urgence à effectuer un travail de mémoire sur son pays alors en pleine amnésie. Cela a donné Beyrouth catharsis puis Le jeu des hirondelles, l’émouvant album autobiographique qui a rendu célèbre son graphisme noir et blanc si particulier, tout en volutes, en recherche sur les vides et les pleins. Noir et blanc au sens propre, sans gris. Un graphisme inspiré de la calligraphie arabe, que Zeina a d’abord utilisé, dit-elle modestement, «pour soutenir la faiblesse du dessin». Mais qui est vite devenu un parti-pris esthétique, et sa marque de fabrique. On l’a évidemment retrouvé sur les doubles pages réalisées durant sa résidence. La dessinatrice a accepté avec joie d’y faire revivre la mémoire de certains lieux emblématiques de la ville et des alentours : l’Opéra, la Manufacture des allumettes (devenue Cité du Livre), les carrières de Bibémus, la fondation Vasarely… Elle a même revisité l’invention du calisson, et la peste. Les planches, projetées sur grand écran pendant la rencontre et largement commentées par Boris Henry, affirment son goût pour les strips horizontaux, les effets d’échos visuels, les motifs récurrents ; autant de choix graphiques qui font sens et lient subtilement la forme et le fond.
En attendant la sortie de son prochain roman graphique (une fiction cette fois, mais toujours située à Beyrouth), on peut voir les dessins de Zeina Abirached et ceux de Michèle Standjofski au Centre aixois des Archives départementales dans le cadre de l’exposition La France et le Liban, Parcours entre archives et bandes dessinées (jusqu’au 8 juin).

FRED ROBERT

Avril 2013

Mourir partir revenir
Le jeu des hirondelles
Zeina Abiracheb
Cambourakis  20 €

La rencontre a eu lieu au J1, Marseille le 31 mars dans le cadre de MP2013, en partenariat avec La Marseillaise et Libraires du Sud

Zeina Abiracheb sera également présente aux 10e Rencontres du 9e art à la Cité du Livre d’Aix du 12 au 14 avril (lire ici)