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Vu par Zibeline

Le livre que je ne voulais pas écrire : récit du concert des Eagles of Death Metal le 13 novembre 2015

Rock’n roll can never die

Le livre que je ne voulais pas écrire :  récit du concert des Eagles of Death Metal le 13 novembre 2015 - Zibeline

Erwan Larher aime le rock’n’roll et son électricité, il était au concert des Eagles of Death Metal le 13 novembre 2015, au Bataclan, pour s’en prendre une bonne dose. Mais contre toute attente, ce qui le traversa ce soir-là fut l’une des nombreuses balles d’AK 47 tirées dans le tas par trois embrigadés de Daech. L’un d’eux s’est approché de son corps cloué au sol, près de la régie son, pour l’achever. Mais le tir  n’est jamais arrivé : Erwan Larher est un miraculé.

Il est aussi écrivain à plein temps. Informés de sa presence au Bataclan, plusieurs médias n’ont de cesse de le solliciter pour qu’il témoigne, réagisse… mais non. Rien à rajouter au raz-de-marée compassionnel. Aucune envie de participer à la tyrannie de l’émotion. Ce sont quelques ami(e)s, qui, plus tard, finiront par le convaincre : pas rajouter, partager.

Ok pour le partage donc. Mais ce sera avec une ambition d’écrivain, pas de victime : il s’agira d’un objet littéraire, à l’intersection du drame individuel et collectif, “ les pronoms n’auront plus rien de personnel ”, il y aura des “vu du dehors” écrits par une quinzaine de proches, écrivains ou pas (Jérôme Attal, Fréderic Burel, Sigolène Vinson, Alice Zeniter…). Pensées et sentiments parfois surprenants, décalés, qui se bousculent dans les têtes des un(e)s et des autres.

Erwan Larher transmet dans une langue vive, avec un goût prononcé pour l’autodérision, les sensations qui l’ont accompagné pendant cette nuit meurtrière (“ Transe ? Dépersonnalisation ? Déréalisation ? ”), son évacuation brutale et tendue, sa convalescence douloureuse. Ses coquetteries incongrues, ses réactions de “ Super-Chochotte ” ou de “ Super-Lopette ”, ses santiags de rocker et ses érections disparues. Son émerveillement aussi, devant la puissance de l’empathie et la bienveillance des médecins et infirmier(e)s qui le soignent, de l’affection de ses proches qui l’entourent sans relâche.

Ni témoignage, récit, roman, ou autofiction, un peu tout ça à la fois, Le livre que je ne voulais pas écrire est donc bien un “ objet littéraire ”, qu’on lit dans un mélange d’effroi et d’amusement. À la fois polyphonique et autocentré : il fallait le faire !

MARC VOIRY
Décembre 2017

Erwan Lahrer a été l’un des invités d’Automne en Librairies organisé par Libraires du Sud.

Le livre que je ne voulais pas écrire Erwan Larher
Quidam éditeur 20 €