La Fondation Vincent Van Gogh expose Roberto Donetta à Arles jusqu'au 13 septembre

Roberto Donetta, semeur d’imagesVu par Zibeline

• 3 juillet 2020⇒13 septembre 2020 •
La Fondation Vincent Van Gogh expose Roberto Donetta à Arles jusqu'au 13 septembre - Zibeline

Le photographe suisse Roberto Donetta est pour la première fois exposé en France à la Fondation Vincent Van Gogh.

Il y a un siècle, dans les vallées du Tessin en Suisse italienne, un vendeur ambulant transportait, en plus de sa valise à bretelles remplie des graines qu’il colportait de villages en villages, son appareil photographique. Enfant de ce pays rude et pauvre, ce n’est qu’à 35 ans que Roberto Donetta a découvert la pratique auprès d’un ami sculpteur. Cela devient immédiatement une passion autant salvatrice que dévorante, qui mènera sa femme à partir avec leurs enfants, laissant le photographe amateur (et Saul, le petit dernier) se débattre entre la fulgurance de son inspiration et ses dettes à répétition. Pendant 32 ans, jusqu’à sa mort où tout son matériel a été confisqué et vendu aux enchères, il a opéré une saisie extrêmement personnelle, en dehors de tous les canons de la photographie académique du début du XXe siècle, de ce qui l’entourait : les travaux aux champs, les messes en plein air, les communions, les bucherons, les bouchers, la forêt, les deuils, les jeux. Et la montagne, imposante, évidente, immense présence qui habite les cadrages attrapés dans la vie quotidienne de ce petit peuple des cimes. Bice Curiger, directrice artistique de Fondation Vincent Van Gogh à Arles, et Julia Marchand, co curatrice, présentent cet été la première exposition en France de ce photographe découvert en 1993, lorsque furent enfin développés (avec les techniques employées à l’époque de Donetta) les 5000 négatifs sur verre sauvés de la destruction.

Claque

Il en surgit, presque comme une claque, un souffle de liberté totalement enivrant. La centaine de tirages (ceux de 1993) qui compose l’ensemble de La Complicité emmène loin : loin dans le temps, loin aussi dans l’univers du photographe, qui, poussé à inventer des subterfuges de mises en scène pour pallier le manque de matériel (pas de fond blanc, pas d’accessoires convenus, ni tout simplement de studio de prise de vue) s’autorisait, dans une démarche très artistitique consistant à sublimer la contrainte, à chaque fois dépasser la réalité des scènes. Tel un réalisateur de cinéma (parfois comique), il invite ses sujets, complices, à raconter quelque chose, à nous laisser palper un peu d’imaginaire, dans des scènes qui s’apparentent au mouvement surréaliste. Le caractère purement documentaire du fonds est aussi remarquable : quelle émotion de croiser le regard de ces bucherons sous d’immenses sapins menaçants ; les yeux baissés de cette famille réunie autour du défunt ; le fier sourire de cette escouade de bouchers devant les carcasses fraichement dépecées ; la ferveur de villageois, minuscules présence autour d’une croix, dominées par l’inquiétante magnificence de la montagne. Toutes les photos de Donetta recèlent quelque chose qui les rend tellement vivantes qu’elles en sont presque magiques. Elles respirent. Écoutons ce souffle choral qui nous fait remonter le temps, au gré du vent, par les sentiers inattendus du regard furieusement créatif d’un marchand de graines tombé dans la photographie.

ANNA ZISMAN
Juillet 2020

La Complicité
jusqu’au 13 septembre
Fondation Vincent Van Gogh, Arles

Photo : Roberto Donetta, Quatre fillettes au milieu des plantes (1900-1932/1993) Tirage argentique sur papier baryté, virage au sulfure de sodium – Photo 30 × 40 cm © Musée d’art de la Suisse italienne, Lugano. Collection du Tessin

Fondation Vincent Van Gogh
35 ter rue du Docteur Fanton
13200 Arles
04 90 93 08 08
www.fondation-vincentvangogh-arles.org